La Terre des merveilles     

  

Barthélémy l'anglais
Les merveilles (du latin mirabilia, ce qui est étrange, qui étonne) ne relèvent pas directement d'une catégorie esthétique. Elles sont ce que le voyageur doit avoir nécessairement rencontré s'il prétend avoir voyagé. Une sorte de rationalité géométrique héritée de l'Antiquité conduit à imaginer par exemple aux antipodes, des êtres et des phénomènes radicalement opposés à ceux de l'oekoumène. Lactance (250-325) dénonçait ainsi les esprits "assez extravagants" pour imaginer que les hommes y ont "les pieds en haut et la tête en bas", que "les herbes et les arbres y croissent en descendant, et que la pluie et la grêle y tombent en montant".

Planète et Zodiaque
Les récits de voyages, surtout ceux aux marges du monde connu et en particulier dans les îles, fourmillent de merveilles. Les unes sont en rapport avec la quête du paradis terrestre, ou résultent de la découverte inopinée de ce qui semble un orifice infernal. Les autres évoquent plutôt ce que nous appelons communément des monstres, animaux et humains à la fois matière à interrogation et partie intégrante de la création. Au-delà de leur exotisme étrange, sciapodes, blemmyes, cyclopes ou cynocéphales remplissent la fonction de reflet, double de l'apparence normale des humains, projection des peurs, des fantasmes et des interdits sexuels ou alimentaires des contemporains. Au fond, même un Jean de Mandeville qui en a beaucoup décrit dans le livre de ses Voyages (1356), trouve qu'ils ne vivent pas très différemment des Européens.
  

"Physiologue dit qu'au vingt-cinquième jour de mars l'âne sauvage brait douze fois la nuit et autant de fois le jour. De cette manière, il est possible de savoir que l'on est le jour de l'équinoxe (...) L'âne sauvage est le symbole du Diable, car lorsqu'il sent que le jour et la nuit sont égaux, c'est-à-dire quand il voit le peuple qui demeurait dans la nuit, c'est-à-dire dans le péché, se tourner vers Dieu, (...) c'est alors que brait l'âne."
Pierre de Beauvais, Bestiaire