Les mondes du ciel
    
 
 
"Comme Dieu a pu faire l’Âme immortelle, il a pû faire le Monde infiny."
Cyrano de Bergerac, Œuvres diverses, 1710.
 
   

Descente de
M. Garnerin
Depuis que le XVIIe siècle a découvert l’immense étendue du monde et l’unité des lois de la physique qui s’y appliquent – et même depuis plus tôt encore chez certains précurseurs dont les atomistes de l’Antiquité grecque –, il est possible de concevoir d’autres mondes dans le ciel, plus ou moins semblables au nôtre, éventuellement habités d’êtres qui nous ressemblent.
     

Pluralité des
systèmes solaires
Y croire ou pas

De très nombreux auteurs défendent l’idée de la pluralité des mondes dans le cadre de la nouvelle physique, avec plus ou moins de sérieux et de bonheur. Bernard Le Bovier de Fontenelle publie en 1686 ses Entretiens sur la pluralité des mondes, qui rencontrent un immense succès.
Le physicien et astronome hollandais Christiaan Huygens publie un essai plus mûri, le Kosmotheoros, qui paraît en 1698.
Emmanuel Kant, partisan de la pluralité des mondes, déclare qu’"il n’est pas nécessaire d’affirmer que toutes les planètes doivent être habitées, quoique ce soit une absurdité de nier ceci pour toutes ou même seulement pour la plupart".

     

Cosmotheoros

Les aventuriers
du ciel
Un nouvel espace pour l’utopie

L’idée que les astres puissent être habités est de mieux en mieux admise par l’opinion publique.
Ces mondes lointains et inaccessibles représentent un nouvel espace pour l’utopie. Tout ce que des auteurs comme Thomas More (Utopia, 1516) ou Francis Bacon (Nouvelle Atlantide, 1627) exprimaient auparavant sous forme de fables, contes, "utopies" peut maintenant prendre la forme de récits situés dans des systèmes planétaires lointains. L’histoire y gagne un nouveau type de vraisemblance. L’imaginaire devient plausible. Au XIXe siècle, cette littérature utopique s’enrichit d’une dimension temporelle : l’ailleurs peut devenir le futur. Une partie importante de la science-fiction prend la forme de l’anticipation, qui canalise une riche fantaisie. Mais les autres mondes décrits ne sont pas nécessairement des mondes idéaux, habités par des créatures parfaites, des mondes sur lesquels il faudrait prendre modèle. Ce peuvent être au contraire des repoussoirs.

     
 
Naissance de la planétologie

La science prend un essor nouveau au XIXe siècle. La connaissance des planètes, en particulier, s’accroît rapidement grâce à l’introduction de grands télescopes qui dévoilent des détails de plus en plus précis des autres planètes, à l’utilisation de la photographie et de la spectroscopie en astronomie. Bientôt, sous l’influence de l’astronome Percival Lowell, naît une nouvelle discipline, la "planétologie". À ceci il faut joindre les progrès de la biologie, et surtout l’énorme changement conceptuel introduit par L’Origine des espèces de Darwin, en 1859. La frontière entre matière et vie est relativisée. Le débat à propos de la vie prend du recul, et un tour de plus en plus scientifique. La tendance est parfaitement illustrée par Camille Flammarion qui, dans La Pluralité des mondes habités, publié en 1862, se déclare convaincu que la plupart des planètes ont été, sont, ou seront habitées.

     
Nouvelles perspectives

Les limites étendues que l’astrophysique reconnaît aujourd’hui à l’Univers, ainsi que la possibilité que les astronomes accordent à l’existence d’autres planètes, peut-être habitables, ont légitimé l’apparition d’une nouvelle discipline scientifique. L’astrobiologie se consacre à la pluralité des mondes peut-être habités et aux possibilités de vie extraterrestre. Y a-t-il des planètes hors du système solaire ? Sont-elles susceptibles d’abriter la vie ? Quelles furent les conditions et les étapes de l’apparition de la vie – et de l’intelligence – sur Terre ? Des phénomènes similaires peuvent-ils se dérouler sur d’autres planètes, dans d’autres environnements ? Peut-on trouver des traces de vie, passée ou présente, sur les planètes, dans les météorites… dans l’Univers ? Comment communiquer avec d’autres intelligences, s’il en existe ?…

Actuellement, l’une des méthodes de détection de systèmes planétaires repose sur la mesure précise du léger déplacement qu’une ou plusieurs planètes impriment au centre de gravité de l’étoile. Jupiter, la plus grosse des planètes solaires, induit par exemple un déplacement de 13 m/s sur le centre de gravité du Soleil, alors que la Terre n’induit qu’un mouvement de 8 cm/s. La spectroscopie, qui permet de mesurer des vitesses de déplacement, a récemment permis de détecter plusieurs planètes du type de Jupiter ; dans le futur, les astronomes espèrent toutefois découvrir des planètes du type de la Terre, mais aussi des satellites et des anneaux de planètes extrasolaires, et surtout des molécules d’intérêt exobiologique.

La découverte récente de ces planètes en orbite d’autres étoiles que le Soleil, anticipée par Épicure il y a vingt-trois siècles, marque un tournant important pour l’astronomie et sa branche spécialisée qu’est l’exobiologie. Mais de la découverte effective de ces planètes à la découverte d’une forme de vie, il y a un pas immense qui n’est pas près d’être franchi.