L’aventure humaine : Renouer le lien brisé ?

  

L'ascension des
degrés célestes

Avec cette séparation commence la véritable aventure humaine et naît la civilisation ; la reconstitution du lien brisé devient une de ses préoccupations centrales.
Ainsi Babel (où, si l’on en croit le récit biblique, les hommes avaient construit une immense tour dont le sommet devait toucher le ciel) signifiait en akkadien "Porte du Ciel" et il semble bien que la fonction essentielle de toutes les ziggourats mésopotamiennes était d’établir un lien entre Ciel et Terre. C’était là que le roi et la reine reconstituaient le mariage sacré des origines.
Dans le folklore européen, les mâts de Cocagne à la cime desquels étaient suspendus jambons et victuailles rendus inaccessibles par le savon dont on enduisait le tronc, renouaient avec cette ancestrale nostalgie de l’Âge d’Or, cet irrépressible désir de retrouver un instant les joies du ciel devenu demeure interdite une fois rompu le pacte entre les dieux et les hommes. Les innombrables déluges qui hantent les cosmogonies attestent de la violence de cette rupture.

  

L'échelle de Jacob
Dans tous les mythes il existe des hommes privilégiés, des chamans ou des sages qui ont le pouvoir de franchir les murailles du ciel inaccessibles au commun des mortels.
Ainsi Jacob à Béthel aperçut-il en songe une échelle appuyée sur la terre et touchant le ciel, le long de laquelle les anges montaient et descendaient.
Ainsi pensait-on en Egypte qu’à sa mort le pharaon remontait au ciel sous la forme d’un faucon ou d’un héron, ou en empruntant l’échelle que les dieux mettaient à sa disposition.
En Chine, les "maîtres de magie" étaient initiés à l’escalade d’une échelle comprenant trente six lames de sabre acérées, correspondant aux trente six étages du ciel. Parvenu au dernier ciel, l’aspirant était investi par l’Empereur de Jade.
En Inde, la tradition bouddhique raconte comment Bouddha, après avoir converti sa famille, décida de monter au ciel pour y faire connaître sa doctrine, comment il y fut accueilli avec ferveur et comment il redescendit ensuite par une échelle dont les barreaux étaient d’or et d’argent.
En Sibérie, l’escalade de l’"arbre cosmique" était le moment fort de l’initiation des chamans dont la tâche consistait à assurer le bon fonctionnement du cycle des réincarnations et à rattraper les âmes en fuite des malades.
Dans la tradition tibétaine, les rois ne mouraient pas. Une fois achevée leur vie terrestre, ils remontaient au ciel en s’aidant d’une corde de lumière.
Enfin dans certains contes du folklore français, il arrive qu’un jeune garçon plante une graine de haricot magique qui se met à pousser jusqu’au ciel, lui permettant ainsi une visite au Paradis.
  
Si dans la plupart des mythes le passage du ciel à la Terre est devenu, après la fin de l’Âge d’Or, une transgression risquée, il existe dans certaines traditions des initiatives divines ayant pour but de reconstituer l’alliance interrompue.
Ainsi chez les Grecs, la déesse Iris, vêtue d’un voile couleur d’arc en ciel qu’elle déploie dans les airs, symbolise-t-elle une liaison retrouvée entre les dieux et les hommes. L’arc-en-ciel est perçu dans de nombreuses cultures comme une matérialisation de l’alliance, il réunit les eaux inférieures et les eaux supérieures, reconstituant les deux moitiés de l’œuf cosmique. Il apparait dans l’Ancien Testament au dessus de l’Arche, après le déluge, comme un signe de restauration. Il y préfigure en même temps l’inscription du carré du nouveau cosmos dans le cercle irisé de la plénitude divine.
Chez les Dogons du Mali, l’arc en ciel est appelé "chemin du ciel et de la terre" et beaucoup de peuples y voient un "pont des âmes" permettant aux défunts de rejoindre leur céleste séjour.
    
  

"Je vous fais une promesse ainsi qu'à vos descendants et à tout ce qui vit autour de vous, oiseaux, animaux domestiques ou sauvages [...] Jamais plus la grande inondation ne supprimera la vie sur terre [...] Je place mon arc dans les nuages ; il sera un signe qui rappellera l'engagement que j'ai pris à l'égard de la Terre."
Genèse 9, 9-13

  

L'âme humaine aspire-t-elle au ciel ou en garde-t-elle la mémoire ?
Selon les cultures
, le choix penche vers l'âme au ciel ou l'âme-ciel.