L'invention du cosmos

 

La Mélancolie
de Dürer
La science apparaît en Ionie et en Grande Grèce au VIe siècle avant J.-C. dans l'ambiance des mythes et du savoir diffusés par les poèmes homériques, et sur la base des observations astronomiques mésopotamiennes. Les ouvres des premiers savants, Thalès, Anaximandre, Pythagore, Parménide, aujourd'hui disparues, sont connues par ce qu'en ont dit de lointains successeurs comme Platon et Aristote, deux à trois siècles plus tard.  
      
   


Aux origines de la cosmographie grecque, le bouclier d'Achille.
Forgé par Héphaïstos, ce bouclier rond donne l'image symbolique d'un monde circulaire où cinq plaques (deux de bronze encadrant deux d'étain et une d'or) pourraient évoquer les cinq zones à la surface du globe, tandis que le décor figure l'univers. "Il y montre la terre et le ciel et la mer, le soleil inlassable et la lune en son plein, et les astres, tous ceux dont le ciel se couronne : le puissant Orion, Hyades et Pléiades, puis l'Ourse qu'on appelle aussi le Chariot et qui, tournant sur place, épiant Orion, seule dans l'Océan ne se baigne jamais." En même temps sont représentés la vie et le travail des hommes à la campagne et à la ville, la fête et la guerre. "À l'extrême bord du bouclier solide, il place l'Océan, le vaste et puissant fleuve."
(Homère, Iliade, 480-608)
   
         

Le système
d'Anaximandre
Au-delà des schémas mythiques ou religieux, ces savants cherchent à expliquer le monde et la nature. Thalès fonde le monde sur le principe de l'eau, tandis que pour Anaximène il relève du principe de l'air, pour Héraclite d'Ephèse du feu, et pour Anaxagore, de l'esprit. Leur compréhension du monde postule l'idée d'ordre et d'harmonie constitutifs d'un cosmos dont tous les éléments doivent obéir à des lois physiques et mathématiques. La science des Grecs s'efforce de "sauver les phénomènes" c'est-à-dire de rendre compte le plus rationnellement possible des apparences observées dans le ciel, en élaborant des modèles explicatifs qui permettent d'en prévoir le retour. Hérodote dit que Thalès aurait ainsi annoncé l'éclipse de soleil de 585 av. J.-C.   
      
   


"Les savants, Calliclès, affirment que le ciel et la Terre, les dieux et les hommes sont liés ensemble par l'amitié, le respect de l'ordre, la modération et la justice, et pour cette raison appellent l'univers l'ordre des choses et non le désordre, ni le dérèglement."
Platon, Gorgias, IVe siècle av. J.-C.
   
        

Système de Pythagore

Le traité du Ciel
d'Aristote   
Pythagore et ses disciples croient que les nombres préexistent à l'univers sensible, et que la cosmologie est fondée sur la mathématique comme la géométrie ou la musique. De même que l'harmonie musicale repose sur des rapports numériques fixes entre les sept notes de la gamme, l'astronomie doit rechercher "l'harmonie des sphères", c'est-à-dire des sept planètes (incluant le Soleil et la Lune), à partir de l'évaluation de leurs dimensions et de leur distance à la terre. Ainsi le nombre sept symbolise-t-il la totalité de l'univers, espace et temps réunis, associant le trois céleste au quatre terrestre, à travers les sept jours de la semaine, les sept directions (avec le haut, le bas et le centre) les sept métaux, les sept couleurs de l'arc en ciel...   
        
   


"Le nombre sept par ses vertus cachées maintient dans l'être toutes choses ; il dispense vie et mouvement ; il influence jusqu'aux êtres célestes."
Hippocrate de Chios, Ve siècle av. J.-C.

"Tout ce que l'on peut connaître a un nombre, sans le nombre nous ne comprenons ni ne connaissons rien."
Philolaos de Crotone, élève de Pythagore et maître de Platon (Ve siècle av. J.-C.)

   
  Piste pédagogique : Cette conception d'un cosmos ordonné n'est-elle pas bousculée aujourd'hui par les données de l'astrophysique ?