Comment cartographier la Terre ?      

"On sait que la géographie doit sa perfection actuelle aux progrès de l'astronomie et que par cette raison les astronomes doivent être regardés comme de vrais géographes."
Legentil de la Galaisière,
Voyage dans les mers de l'Inde, 1779.
(navigateur, astronome, climatologue)


Atlas catalan, 1375
La connaissance du globe résulte de deux approches distinctes mais complémentaires, celle des voyageurs, géographie "de plein vent" souvent descriptive et anecdotique, et celle des géographes de cabinet, appelée parfois géographie mathématique parce qu'elle s'efforce de faire la synthèse d'observations vérifiées et qu'elle s'appuie sur des repères astronomiques. En réalité, la connaissance du ciel est nécessaire aux uns comme aux autres, même si le savoir astronomique est moins indispensable pour la navigation côtière que pour les entreprises aventureuses sur les océans.
Les levés cartographiques ont souvent été le fait des astronomes dont le rôle est déterminant depuis le XVIe siècle pour les progrès de la géographie mathématique. Les moyens dont ils disposent, leurs instruments de travail et leur rigueur intellectuelle permettent d'obtenir progressivement une représentation plus exacte du monde, tout comme aujourd'hui la clé d'une connaissance nouvelle de la Terre vient des satellites. C'est parfois aussi le fruit d'une collaboration internationale, comme en 1769 où le passage très rare de Vénus devant le Soleil est mis à profit partout pour échanger des informations astronomiques et géographiques entre Français et Anglais, encore en guerre peu auparavant. Ainsi le Pacifique, grâce à la mesure enfin assurée des longitudes, commence alors à prendre ses dimensions réelles sur les cartes.
Mais le savoir sur la Terre ne se réduit pas seulement à des cartes nautiques exactes, il embrasse toute la géographie, physique et humaine, qui se développe et se spécialise aux XIXe et XXe siècles.
Au cours du temps la cartographie de la terre a beaucoup évolué, reflétant l'évolution des représentation que les hommes se faisaient de l'univers.
  

Piste pédagogique : La carte géographique est rarement neutre : derrière la rhétorique graphique existent des intentions politiques : montrer la puissance d'un Etat, établir son bon droit contre un adversaire, stimuler l'aventure dans une certaine direction ou faire paraître répulsif un espace que l'on veut garder pour soi. La carte reflète des traditions culturelles et un outillage mental précis. Les "curiosités", les vignettes et les cartouches, les éléments de paysage ont plus qu'un rôle anecdotique. Les éléments théoriques, comme les lignes de rhumbs et les parallèles, apportent un effet de réel sécurisant comme l'assurance d'arriver à bon port quelque part. Plusieurs lectures sont ainsi toujours possibles aujourd'hui, tout comme la carte a pu remplir plusieurs usages autrefois. Étudier dans cet esprit quelques exemples parmi les documents conservés à la Bibliothèque nationale de France.


Les anges à manivelles
Chez les encyclopédistes et les philosophes naturalistes des XIIe-XIIIe siècles, la diversité des représentations de la terre reflète la diversité des termes utilisés pour désigner la terre : qu'il s'agisse de la terre entendue comme l'un des quatre élément, du globe terrestre, pivot des sphères de l'univers, de l'œkoumène (partie de la Terre que l'on savait habité), ou encore de la terre nourricière. Les représentations médiévales proposent une Terre de toutes les couleurs.

Atlas Miller, par Lopo Homem
Aux XIVe et XVIIe siècles le peintre et le cartographe se rejoignent pour concevoir de superbes cartes portulans et des insulaires (recueils de cartes d'îles). Trois œuvres majeures, manuscrites et enluminées, témoignent des rapports de la cartographie marine avec l'art et des liens qui unissaient réel et imaginaire : L'Atlas catalan (1375), L'Atlas Miller (1519) et la Cosmographie universelle de Guillaume Le Testu (1556).

Carte de partie du Bas-Poitou, d'Aunis & Saintonge
De la Renaissance au siècle des Lumières, la cartographie reflète le théâtre du monde et fait éclater la réussite des éditeurs des Pays-Bas. Leur production imprimée d'atlas, de globes et de cartes murales a pu égaler, grâce à l'illustration et à l'enluminure, le luxe des manuscrits de la Renaissance, avant que ne fussent préférées l'exactitude des mesure et la précision des tracés.

Carte de partie du Bas-Poitou, d'Aunis & Saintonge
Les paysages du géographe se déploient du XVIe au début XIXe siècle. Ils s'épanouissent au siècle des Lumières grâce à l'art et au savoir des ingénieurs qui utilisent les couleurs naturelles pour enrichir les informations données par les cartes manuscrites et en faciliter la lecture.

Carte géologique de la France
Les couleurs symboliques servent à l'élaboration de cartes par aires colorées, instruments du développement, au XIXe siècle, des sciences naturelles et humaines. Leur usage a bénéficié de la mise au point, après 1845, des procédés de la chromolithographie.

Ville d'Asie et campagne de Bactriane

Les couleurs de l'invisible traduisent la richesse des informations transmises par les capteurs embarqués à bord des satellites d'observation de notre planète. Elles participent aussi à la conception de modèles et à la naissance d'une cartographie théorique, généralement déductive.