"Si les mathématiques permettent d'expliquer à l'intelligence humaine le ciel lui-même tel qu'il est au naturel, car on peut le voir tourner autour de nous, pour la Terre en revanche, on est obligé de recourir à la représentation picturale, car la Terre véritable, qui est de très grandes dimensions et ne nous entoure pas, ne peut être parcourue en entier par un même individu, ni d'une seule traite, ni par fragments successifs."
Claude Ptolémée, Géographie


La Terre au centre des sphères de l'univers
La représentation du monde n'implique pas la même démarche pour la terre et pour le ciel. On peut voir aisément "la moitié" du ciel où qu'on soit sur le globe qui n'est qu'une "tête d'épingle" ; de la Terre on ne voit jamais qu'une infime partie, même si l'on est sur une haute montagne. Il faut se déplacer sur le globe, ou faire appel aux voyageurs pour accumuler des informations, tandis que l'espace céleste se déroule devant l'observateur sans qu'il paraisse nécessaire de s'y déplacer.

Mappemonde en forme de "chlamyde"
Ce que Ptolémée appelait il y a près de dix-neuf siècles "la représentation picturale" n'est pas simple, même si on laisse de côté la question de la miniaturisation qui implique une complexe opération de hiérarchisation pour faire tenir le monde "sur la surface d'un ongle". Les artistes, aujourd'hui encore, ne cessent de l'exprimer : un paysage peint par Mondrian ou photographié par Stieglitz n'est qu'une "équivalence" de paysage. A fortiori une surface sphérique, ou une de ses portions représentée sur un plan sera obligatoirement un artefact conçu par des humains en fonction de leur culture intellectuelle et sensible. Quand il s'agit de la terre ou du ciel, l'accès à une véritable compréhension implique le dépassement de la perception empirique et partielle de l'espace pour élaborer une construction rationnelle ou artistique. Cartographier, c'est choisir dans la profusion du réel pour donner l'évidence d'une représentation exacte mais simplifiée.

"Les éléphants sont généralement dessinés plus petits que nature, mais une puce toujours plus grande."
Jonathan Swift, Pensée sur divers sujets
(cité par Georges Perec, in
Espèces d'espaces (Galilée, 1974)


Ville d'Asie et campagne de Bactriane
"Où suis-je?" est l'une des premières interrogations de l'homme. À la réponse de la géographie, l'astronomie ajoute un savoir permettant de se repérer à la fois dans l'espace et dans le temps.
L'écoulement du temps sur la terre est rythmé par des mécanismes célestes dont la régularité périodique a pu être remarquée des premiers groupes humains. Toutes les civilisations ont partagé la vision d'un univers gouverné par des cycles qui se répètent, et cherché à découper et à mesurer le temps court et le temps long. Le jour, la semaine, le mois, l'année sont liés dans leur définition ou leur dénomination aux astres et à leurs mouvements.

Comme les cartes donnent l'image du ciel et de la terre, le calendrier n'est-il pas aussi une représentation du temps inscrite par le ciel sur la terre, selon des formules qui ont varié dans l'histoire et les aires culturelles ? Le comput du temps, à la fois mesure et mise en image, rappelle le lien entre la géométrie et la géographie ou entre l'uranométrie et l'uranographie.