"En effet, les jours, les nuits, les mois et les années n'existaient pas avant que le ciel fût né." (37 e)
"Le temps est donc né en même temps que le ciel afin que, engendrés en même temps, ils soient dissous en même temps, si jamais ils doivent connaître la dissolution." (Il en résulta) "la naissance du soleil, de la lune et des cinq autres astres, qui ont reçu le nom d'"errants" et qui sont apparus pour définir et conserver les nombres du temps."
Platon, Timée 38 bc
 
 
  Des repères
 

La Terre répartie entre les trois fils de Noé
Très tôt dans l'histoire de l'humanité, les sociétés agraires et pastorales, observant les courses régulières du Soleil, de la Lune et des étoiles, durent se convaincre qu'un ensemble de règles intelligibles rythmaient le cours du temps, dictaient mouvements planétaires et changements saisonniers. L'observation du ciel permettait le repérage spatial ou temporel, et l'astronomie est sans doute née de cet aspect utilitaire, sans offrir encore de conception du monde bien établie.
 

Traité d’astronomie arabe
Les premiers agriculteurs égyptiens avaient découvert que c'était quelques jours avant la crue du Nil que l'étoile Sirius se levait en même temps que le Soleil (ce que l'on appelle son "lever héliaque"). Après eux, les civilisations de l'Antiquité méditerranéenne ont cherché à guider leurs activités d'après les mouvements des cieux. Le comptage des phases de la lune ou l'observation des variations annuelles de la lumière du jour indiquaient les époques propices pour la culture et l'élevage, la navigation, la vie en général.
 

Le ciel guide la vie rurale
Dans Les Travaux et les Jours, Hésiode prodigue aux navigateurs et aux agriculteurs des conseils fondés sur l'observation du firmament. Les dates et heures du coucher et du lever des astres, leurs variations de couleur, etc., fournissent un calendrier annuel permettant de régir les travaux des champs, de prévoir les variations climatiques, les tempêtes, le passage des saisons, l'époque des pâturages, des moissons et des vendanges. Hésiode note la migration du Soleil vers le sud en hiver. Ces idées et ces conseils seront repris tout au long de l'Antiquité, notamment par Virgile dans ses Géorgiques.
 

Le triomphe du temps
La vie essentiellement rurale de l'époque médiévale est en contact étroit avec la nature. Calendriers et almanachs, publiés en abondance, présentent des recettes pratiques, des indications astronomiques, météorologiques, et médicales, le tout agrémenté de nombreuses illustrations insistant toujours sur les étroites relations entre l'homme et le cosmos. Avec l'apparition de l'imprimerie, ces techniques et connaissances ne restent plus réservées à l'élite, mais atteignent toutes les couches de la société. Le premier almanach, le Calendrier et compost des bergers, est imprimé en France en 1493 avec un tel succès que l'Allemagne, l'Angleterre et la Pologne en éditent à leur tour de semblables. Ces ouvrages conseillent les agriculteurs en fonction des positions planétaires, présentent des tableaux indiquant le jour et l'heure propices aux semailles - chaque plante devant être semée à une phase particulière de la Lune -, aux récoltes, aux coupes de bois, aux saillies des animaux, etc. Ils dirigent aussi la plupart des actes de la vie quotidienne : se baigner, pratiquer la saignée, faire l'amour, etc.
 
  La mesure du temps                              
 
 
"[Le Soleil est] le plus haut officier de la Nature qui par sa vertu céleste au monde empreint et de ses feux nous mesure le temps. "
Dante, La Divine Comédie, "Paradis", chant X.
 
 

Le char du Monde
Outre le repérage des activités humaines dans le cours de l'année, l'observation du ciel permet de mesurer l'écoulement du temps. Les cours de la Lune, du Soleil et des étoiles donnent les heures (pour les offices des moines par exemple), et permettent de fixer les dates des fêtes religieuses et d'établir les calendriers (les jours de la semaine sont nommés d'après les noms des planètes). Les traités religieux ou philosophiques intègrent réflexions et représentations astronomiques.
 
  Très tôt les hommes ont perçu les cycles de la nature et ont pu observer que certains phénomènes se reproduisaient à intervalles réguliers. Les premières mesures du temps se basent sur l'observation de la lune et du soleil pour organiser le temps en années, mois, jours et heures.
 
  Le rythme des astres                            
 
 

Allégorie de Saturne
La durée d'une journée est le temps nécessaire à la terre pour effectuer une rotation complète sur elle même.

L'année est le temps nécessaire à la terre pour effectuer sa rotation autour du soleil : 365,24 jours.

Pour simplifier, notre calendrier fixe la durée de l'année à 365 jours et tous les quatre ans, rajoute un jour, le 29 février ; c'est une année bissextile.

La division de l'année en mois correspond aux cycles de la lune qui tourne autour de la terre en 29 jours.

 
  Avant même de savoir que la lune tournait autour de la terre, les hommes avaient perçu ses changements d'apparence : après une brève disparition quand la lune, située entre le soleil et la terre nous présente sa face non éclairée, la "nouvelle lune" croît jusqu'au "premier quartier". Formant avec le soleil un angle de 90°, la lune nous montre alors la moitié de sa face.

Son image croît encore jusqu'à la pleine lune. Son image va ensuite diminuer jusqu'à ne devenir qu'à moitié visible, le "dernier quartier", puis diminuer encore jusqu'à disparaître. Chacune de ces phases dure une semaine.

 
  Notre calendrier                                    
 

Les travaux et les jours

Un calendrier doit rester valable longtemps. La difficulté réside dans l'incompatibilité entre les différents repères possibles et notamment entre l'année solaire de 365 jours et le mois lunaire de 29 jours.

Les Romains ont choisi de s'éloigner de la référence lunaire en divisant tout simplement l'année solaire en 12 mois de 30 ou 31 jours à l'exception du mois de février qui n'en compte que 28, ou 29 tous les quatre ans. Ce calendrier promulgué par Jules César en l'an 63 avant J.-C. est appelé calendrier Julien.

Notre actuel calendrier promulgué en 1582 par le pape Grégoire XIII est le même que celui des Romains. Toutefois, l'année solaire comportant 4 minutes et 10 secondes de moins que l'année julienne, 10 jours de décalage s'étaient accumulés au fil du temps. Ils furent supprimés et on décida de sauter une année bissextile tous les cent ans pour éviter de reproduire le même décalage.

Ce calendrier a été rapidement adopté par les pays catholiques mais les pays protestants ont refusé de l'adopter jusqu'en 1700 et en 1752, lorsqu'il entra en vigueur en Angleterre, la suppression de 11 journées déclencha des émeutes dans les rues. Aujourd'hui encore ce calendrier n'est pas le seul utilisé.

 
  Les autres calendriers                          
 
Le calendrier grégorien est le seul à suivre essentiellement le rythme solaire ; les autres calendriers suivent les cycles lunaires ou, le plus souvent, combinent les rythmes de la lune et du soleil.
 
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Les Aztèques utilisaient parallèlement plusieurs systèmes de calendrier. Le calendrier agricole, nommé Xiuitl, était composé de 18 mois de 20 jours auxquels on ajoutait 5 jours pour aboutir aux 365 jours de l'année solaire.

Le second calendrier, appelé Tonalpohual, "le compte des destinées", comprenait 260 jours divisés en 20 semaines de 13 jours chacune. Les vingt signes des jours, crocodile (cipactli), vent (eecatl), maison (calli), lézard (cuetzpalin), serpent (coatl), mot (miquiztli), chevreuil, (mazatl), lapin (tochtli), eau (atl), chien (itzcuintli), singe (ozomatli), herbe (malinalli), roseau (acatl), jaguar (ocelotl), aigle (quauhtli), vautour (cozcaquauhtli), mouvement (ollin), couteau (tecpatl), pluie (quiauitl), fleur (xochitl), étaient combinés avec un coefficient numérique allant de 1 à 13. Cette combinaison signe/chiffre formait un compte de 260 jours tout au long duquel on ne pouvait retrouver le même signe affecté du même coefficient numérique. Ce calendrier était essentiellement divinatoire et des prêtres spécialisés, les tonalpouhqui, consultaient le livre des destins, le Tonalamatl, pour chaque occasion importante de la vie des individus.

Chaque jour était ainsi chargé d'une superposition de caractéristiques bénéfiques et maléfiques dont le cours pouvait toutefois être modifié par les pénitences assignées par les prêtres.

Les deux calendriers se déroulant parallèlement et simultanément, il fallait attendre un cycle de 52 ans pour que les deux systèmes coïncident. Cette période formait le "siècle" aztèque. La fin de ce cycle était particulièrement redoutée car il pouvait correspondre à la fin du monde. Une cérémonie très importante était alors célébrée, celle du Feu Nouveau et de la Ligature des années. Tous les feux étaient éteints. La nuit, au sommet de la montagne Uixachtecatl, les prêtres, après s'être assurés que la course des astres continuait, allumaient le Feu Nouveau avec le tlequauitl (bâton à feu) sur la poitrine d'un sacrifié et de torche en torche, le feu était transmis à la cité et à l'ensemble de la vallée. Le monde pouvait alors entrer dans un nouveau cycle.

Un troisième cycle était également pris en compte, celui de la révolution de Vénus. Cinq révolutions vénusiennes équivalaient à huit années solaires et la coïncidence des deux comptes se retrouvait tous les 104 ans. Cette période, appelée ueuetilizli "une vieillesse", était la plus longue du système aztèque.

 
  Les Egyptiens utilisaient également plusieurs calendriers simultanés. Le calendrier agricole était rythmé par les crues du Nil. Le début de l'année correspondait à la première inondation (le 19 juillet de notre actuel calendrier). L'année était divisée en 11 mois de 30 jours et en 3 saisons de quatre mois : la saison de l'inondation, la saison des semailles et la saison des récoltes.

Un second calendrier basé sur les observations astronomiques réglait les cérémonies religieuses et les rituels destinés à assurer le retour régulier du soleil.

Un dernier calendrier administratif et politique faisait un simple décompte de jours.

Les Chinois utilisaient autrefois un calendrier luni-solaire : aux 12 mois lunaires étaient ajouté périodiquement un treizième mois pour rester en phase avec le soleil.

Le calendrier musulman suit le rythme lunaire. L'année compte douze lunaisons. Elle ne compte donc que 354 jours.

 
  L'heure du soleil                                     
 
Depuis l'époque des Chaldéens, pour avoir une mesure du temps inférieure à la journée, la première idée fut de la diviser en parties égales, les heures. La journée compte vingt-quatre heures parce que les mathématiciens babyloniens qui inventèrent ce système utilisaient un système numérique à base duodécimale.

Mais pour mesurer ces heures, la première référence fut encore le soleil. Les horloges solaires mesurent sur un cadran gradué les variations de l'ombre portée d'un pieu central appelé gn omon et en déduisent l'heure.

Depuis les Chaldéens jusqu'à la fin du Moyen Âge, les horloges solaires restèrent le principal instrument de mesure du temps. Le besoin de connaître l'heure en l'absence de soleil et de manière de plus en plus précise conduisit les hommes à inventer de nouveaux instruments et à diviser le temps en période de plus en plus petite.

 
  De nouvelles manières de lire le temps dans le ciel
 
La civilisation technologique du XXe siècle s'est abstraite des rythmes astronomiques et naturels. L'unité de temps n'est plus définie par la course du Soleil, mais par des phénomènes à l'échelle atomique. Pourtant, à l'avenir, l'humanité pourrait bien adopter de nouvelles manières de lire le temps dans le ciel : elle pourrait connaître l'heure en interrogeant le système de satellites GPS, ou définir le temps à partir des pulsars.
 
  La mesure du temps passé                   
 
Si c'est dans les astres que les hommes ont cherché à mesurer le présent et à prévoir l'avenir, c'est aussi dans la terre qu'ils lisent le temps passé.

L'histoire nous a laissé des traces écrites depuis 5 000 ans seulement, pour remonter plus loin, à une époque où les calendriers n'existaient pas, géologues, chimistes, botanistes élaborent depuis le XXe siècle des systèmes de datation de plus en plus précis.

C'est ainsi que le degré de radioactivité du carbone 14 date très précisément tout débris organique.

Tandis que des profondeurs de l'espace nous parviennent encore les images d'astres aujourd'hui disparus, riches d'enseignement sur notre lointain passé.