Un extrait du cédérom : Mapa Mondí

L’ensemble des textes et des images de cette rubrique sont extraits du cédérom Mapa Mundí, une carte du monde au XIVe siècle consacré à l’Atlas Catalan et édité par la Bibliothèque nationale de France sous la direction de Jean Paul Saint Aubin.

Ces extraits ne représentent qu’une faible partie du cédérom et, en raison des contraintes techniques liées à la navigation sur Internet, ne rendent pas compte de toutes les possibilités de navigation multimédia offertes par le cédérom.

L'Atlas catalan

Entrée dans la collection royale de Charles V en 1380, et attribuée au Majorquin Abraham Cresques, l'Atlas catalan combine cosmographie, géographie et imaginaire. Il a été élaboré entre 1375, date qui, sur cet atlas, apparaît plusieurs fois et 1380, date extrême de son entrée dans les collections royales françaises.

Cette œuvre exceptionnelle est à la fois une carte nautique avec rose des vents, lignes de rhumbs, et une représentation imagée des régions habitées du globe avec leurs particularités historiques, géographiques, commerciales, et leurs divisions politiques.

Il est constitué de 6 feuilles de parchemin collées par moitié sur des support de bois reliés entre eux et susceptibles de former un rectangle de 64 x 300 cm. Les deux premières, cosmologiques et astrologiques, présentent les calendriers et le système du monde des savants du XIIe siècle. Les quatre autres feuilles donnent, à l'ouest, une carte-portulan assez classique, à l'échelle et fondée sur la science nautique de l'époque, tandis qu'ailleurs il s'agit d'un espace aux contours aléatoires avec des détails concrets qui lui donnent une apparence de réalité.

Cet atlas est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France au département des manuscrits sous la cote MSS. ESP. 30. Malgré plusieurs restaurations, la reliure a peu à peu cédé, et les parchemins se sont déchirés à la pliure ; la dernière restauration a laissé les 6 planchettes de bois séparées.

L'image de synthèse reconstitue sensiblement l'aspect qu'avait encore l'Atlas catalan au XIXe siècle. Avec un dessin cartographique qui reste, sorti des limites du bassin méditerranéen, très approximatif, l'Atlas catalan décrit un monde dont une grande part reste encore à découvrir.

Mais, à travers les légendes et les coutumes empruntées aux récits de voyageurs, par le relais des noms identifiables de villes des Indes et de la Chine, l'Atlas décrit, au-delà du monde occidental bien réel, les immenses régions de l’Orient dont est saisie toute l’importance économique. A travers les quelques routes qui s'esquissent, c’est le monde des épices, des soieries et des richesses décrit par Marco Polo et que, 117 ans plus tard, Christophe Colomb tentera d’atteindre par la route de l’ouest.

Aux bannières bien reconnaissables des souverains d'occident font face les figures de nombreux souverains exotiques, depuis le "Mussé Melly seigneur des nègres de Guinée" jusqu'au roi de Trapobane (Sumatra?), en passant par la reine de Saba tenant une pépite, les rois Mages et le Grand Khan. À l'est, comme sur les marges méridionales et septentrionales, le texte prend dans l'espace graphique une place inversement proportionnelle aux connaissances géographiques réelles. La dimension théologique est figurée à l'est, lieu supposé du Paradis terrestre, avec les bons récompensés de la palme de l'immortalité, face au démon que combat Alexandre et au seigneur de Gog et Magog. Tandis que la figure de l'Inde apparait avec exactitude, l'Afrique se limite au nord, et le Sud-Est asiatique montre au milieu des eaux bleues un kaléïdoscope d'innombrables îles dorées ou multicolores comme des gemmes.

L’auteur de l’Atlas

En fait, l'attribution de l'atlas à Cresques Abraham (Cresques, fils d'Abraham) repose sur deux informations qui ne peuvent concorder. La première provient de l'inventaire de la bibliothèque de Charles V dressé par le "garde de la librairie" Gilles Mallet, un inventaire connu par les deux copies établies par Jean Blanchet à la mort du souverain en 1380. Il y avait alors 917 volumes au Louvre et l'Atlas catalan en faisait partie. Il est ainsi décrit dans l'inventaire de la bibliothèque royale : "une quarte de mer en tabliaux ", "painte et ystoriée, figurée et escripte, et fermant a IIII fermoers". L'année suivante, en novembre 1381, le fils aîné de Pierre V d'Aragon, D. Juan, duc de Gérone, voulut faire un présent au nouveau roi de France, le jeune Charles VI ; il résolut de lui envoyer une mappemonde qui lui appartenait et qui était déposée dans les archives à Barcelone. Il ordonna, à cet effet, de faire rechercher l'auteur du document, Cresques le Juif, "Cresques lo juheu qui lodit mapamundi a fet", pour qu'il donnât toutes les informations utiles à répéter au roi de France ; si Cresques demeurait introuvable, il faudrait s'adresser à deux marins capables de le suppléer.

Cresques n'est donc pas nécessairement l'auteur de l'Atlas catalan, mais il a, à la même époque, élaboré plusieurs documents de même type que les Aragonais exportaient volontiers, sous forme de présents.

Les historiens rattachent à l'école juive de Majorque d'autres cartographes. Des Juifs dont les connaissances ont contribué au renom de l'école catalane, particulièrement bien informée sur le nord de l'Afrique, mais dont les conditions de vie n'étaient pas toujours faciles : Cresques Abraham bénificia de droits spéciaux de la part de Pierre d'Aragon qui reconnaissait ainsi son talent et la discrimination dont il avait souffert comme les autres Juifs majorquins. Les Juifs de Majorque étaient arrivés après la conquête chrétienne de 1229, venant pour la plupart du Maghreb. Ils furent bien accueillis par Jacques Ier d'Aragon qui les considérait comme utiles au développement du commerce de la Confédération. Ils allaient garder des liens étroits, familiaux et commerciaux, avec l'Afrique du Nord. C'étaient parfois des hommes de culture, possesseurs de bibliothèques auxquelles les Cresques père et fils purent s'intéresser. D'autres furent des voyageurs infatigables. Mais les cartographes catalans n'étaient pas seulement des savants ou des hommes liés aux milieux marchands, ils ont pu aussi acquérir l'expérience de la mer.