Encyclopédie des arts du cirque

Arts du cirque

L’Athlète Rappo et son fils habillé en singe

À la manière de Klischnigg dans Sisiphus, pantomime donnée à Vienne
Dessin de Johann Christian Schoeller (1782-1851)
Lithographie en couleur, 100 x 70 cm
BnF, département des Arts du spectacle, 4-ICO CIR
© Bibliothèque nationale de France
Pour donner un caractère singulier aux exercices acrobatiques, il est coutumier au début du XIXe siècle de les associer à des silhouettes animales. La vogue des singes, notamment avec le célèbre Jocko incarné par Mazurier, a offert aux acrobates imaginatifs de nouvelles possibilités pour agrémenter leurs prouesses. Ces interprétations se sont aussi bien épanouies de manière individuelle, la fourrure de l’animal incarné fonctionnant alors comme un simple costume, qu’en s’intégrant dans des pantomimes. La créature factice s’impose dès lors plutôt comme un personnage à part entière, constitutif de l’intrigue.
Apparenté au général-comte d’Empire Jean Rapp, Charles Rapp (1800-1854), célèbre homme fort de l’époque, fait carrière sous le surnom de Rappo. Qualifié par Signor Domino d’ «Athlète romantique par excellence », Rappo est représenté ici avec son fils François (1826-1874), équilibriste et contorsionniste, dans une scène de la pièce Sisiphus où, pour les besoins de la représentation, l’agilité d’un petit primate est exacerbée par la virtuosité du jeune acrobate et amplifiée par la puissance du porteur qui soutient l’échelle à la force de sa mâchoire. Hercule et jongleur de force, fauché en pleine santé par le typhus lors d’un engagement à Moscou, Carl Rappo s’était produit avec succès dans plusieurs cirques européens.
La légende en bas de l’image spécifie littéralement : « Imitateur de Klischnigg » [Nachahmer Klischnigg]. La mention à Klischnigg a pour origine la consécration au théâtre d’un homme-caoutchouc aussi célèbre en Autriche que l’avait été Mazurier à Paris : le Britannique Eduard Klischnig, né à Londres en 1813, et dont la carrière s’est vraiment réalisée à Vienne où il arrive en 1835. Il incarne désormais dans les différents théâtres viennois des rôles vedettes de singe mais aussi de grenouille, dans des pièces écrites par Nestroy ou Carl Dolt. Il y décède en 1877 mais son nom, employé au pluriel – Klischniggs – continue depuis le milieu du XIXe siècle à annoncer des contorsions spectaculaires dans les divers programmes de spectacles.
 
Sources :
- Eduard Klischnigg dans le Österreichisches Biographisches Lexikon (en allemand).
- Signor Domino, Wandernde Künstler, Berlin, S. Fischer, 1891, p. 169-210.
- Alwill Raeder, Der Circus Renz in Berlin, 1846-1896, Berlin, 1897, p. 50 et 73.