Romano, le roi des équilibristes
Affiches américaines, ateliers Alex Hoenig (Berlin), 1890.
Lithographie en couleur, 95 x 70 cm
BnF, département des Estampes et de la photographie, ENT DN-1 (HOENIG)-FT6
© Bibliothèque nationale de France
Au XIXe siècle se confrontent, se bousculent, se catapultent et finalement se marient pour le meilleur et pour le pire, le monde des banquistes et le monde des « pantres » des sociétés de gymnastique, sous la grande enseigne du cirque. Les attractions se fabriquent au gré des rencontres et des matériaux trouvés sur la route. Elles s’adaptent aux contextes : piste ou scène, et à la taille de la salle. La surenchère et la démesure sont de mise dans les défis et les annonces. Les équilibres conçus il y a 4000 ans pour le sol ou un tréteau se montent désormais sur des appareils de plus en plus hauts. Le cirque, mondialisé avant la lettre, adopte des agrès venus des confins de la planète. Ainsi, l’équilibriste (suisse italien ?) Romano s’affiche, sous une inflation de qualificatifs anglicisés et dans des postures extraordinairement compliquées à réaliser si on considère la précarité des agrès reproduits sur le document publicitaire. Pour concevoir des performances inédites, il emprunte aux Chinois les pyramides de chaises montées et installées, l’une après l’autre, par l’artiste lui-même. Supports à de périlleux équilibres, ces emboîtements mouvants de – trop – légers appareils sont eux-mêmes posés sur de simples bouteilles ou surmontés dans certains cas d’une fine échelle. Comme pour occuper un espace surdimensionné qui ressemble à l’intérieur du grand dôme, pareillement structuré et décoré, du Circo Price de Madrid (1860-1970), il fait reposer ses ensembles d’appareils sur de hauts podiums flanqués d’escaliers propices aux descentes sur les mains… Enfin, toujours à la chinoise, il couronne et paraphe la prouesse, dans certains cas, d’une pile de vases délicatement posée sur sa tête.
 
 

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