Encyclopédie des arts du cirque

Arts du cirque

Les Baggesens, jeu clownesque

Vers 1885
BnF, département des Arts du spectacle, GF-XXVIII(38)
© Bibliothèque nationale de France
La mémoire du cirque retiendra de l’artiste de cirque danois Carl E. Baggesen (1858-1931) qu’il était un jongleur d’une maladresse délirante. Sur la photo ci-dessus, il apparaît à ses débuts, avec son épouse et partenaire allemande Sophie – Sapphira à la scène – dans une posture un peu niaise et un habit de soirée trop grand, empruntés au premier auguste, l’écuyer maladroit Tom Belling.
Paris découvre Baggesen au Cirque Fernando en mars 1886, comme un contorsionniste d’un genre unique puisqu’il se tord à la façon d’un « tire-bouchon » ainsi que l’indiquent les communiqués de presse. C’est lors d’un séjour aux États-Unis d’Amérique en 1900 qu’il compose son personnage de « casseur d’assiettes » sérieux et pathétique. Il tient son public en haleine en négociant l’équilibre de piles de vaisselle dans des positions improbables que lui permet son incroyable souplesse… pour terminer malgré tout, l’air pitoyable, planté au milieu d’un chaos d’assiettes brisées par centaines, mais réjoui par celle qu’il tient, intacte, à la main, sauvée du désastre… pas pour très longtemps.
Les Baggesens exportent dans une grande partie du monde un numéro au langage universel et aux accessoires faciles à renouveler. Baggesen a inspiré des jongleurs désireux de donner un tour facétieux à leurs routines, mais surtout de fameuses équipes de clowns qui déploient des trésors d’adresse pour rattraper des assiettes qu’ils font bouger, glisser, voler, rapides sous le regard de leur partenaire, jusqu’à ce que la fièvre de la compétition précipite la catastrophe. L’un des ressorts de l'immense succès du numéro ‟à la Baggesenˮ réside dans l’aspect apparemment innocent d’un jeu de massacre finalement très transgressif, qui résonne avec l’expérience intime de chacun.
« (…) quand après avoir tout brisé, il (Baggesen) cherche à faire disparaître la trace de ses méfaits dans le buffet où il entasse les débris de vaisselle, nous sommes avec lui de cœur, nous rions. » écrit le chroniqueur Claude Berton dans sa chronique « La poésie du maladroit » parue dans La Presse du 21 janvier 1904.
 
Sources :
- Débuts de M. Baggesen clown contorsionniste dans Gil Blas du 21 mars 1886, p. 3-4.
- Aux Folies Bergère, les Baggesens, jongleurs comiques dans La Presse du 21 janvier 1904, p. 3.