Le conte et ses variantes

Variations, adaptations et interprétations font partie intégrante de l’univers des contes. A l'origine, la tradition orale admet de nombreuses variantes par conte selon le conteur, son public, l’époque, les particularismes régionaux… Des folkloristes comme Paul Delarue (1889-1956) ont cherché à les fixer dans un grand Catalogue raisonné du conte populaire français (1951), offrant ainsi les multiples narrations d’un même conte. Le cas du Petit Chaperon rouge est emblématique : les Grimm ont collecté en Bavière un conte bien différent de celui de Perrault avec deux fins heureuses qui en modifient le sens. Des versions cannibales ou scatophiles ont encore circulé dans les provinces.
A la suite des conteurs, les auteurs se sont emparés de l’histoire pour en donner leur propre interprétation ou, comme Jean Claverie en 1994, l’adapter à l’époque. Depuis le XIXe siècle, les adaptations pour des publics spécifiques fleurissent tandis que la musique et la scène, bientôt suivie par l’écran, puisent dans les contes pour composer des œuvres nouvelles ou seulement divertir, voire éduquer. Simple et touchante, l’histoire de Cendrillon inspire Nicolo, Massenet, Rossini ou Prokofiev aussi bien que Georges Méliès et Walt Disney.
L’illustration apporte également ses propres interprétations des contes. Réduite à une simple vignette métonymique avec Charles Perrault, elle s’affranchit peu à peu de la lettre pour offrir une autre lecture, parfois bien différente du texte. A la suite de Gustave Doré, des artistes livrent leur propre vision, dramatique, humoristique ou fantastique, qui transcende le récit. Enfin, des objets quotidiens s’approprient les scènes les plus célèbres des contes, souvent réinventées pour les besoins d’une marque ou d’un jouet…