L'exposition de 1958
Il ne fallut pas attendre longtemps pour qu’une
deuxième exposition soit consacrée à Daumier par
la Bibliothèque nationale. Vingt-quatre ans plus tard, l’occasion
se présentait avec la célébration du cent cinquantième
anniversaire de la naissance de l’artiste. Cet anniversaire n’aurait
pas suffi à justifier une exposition aussi rapprochée de
la précédente si elle n’était motivée
par une avancée notable des recherches menées sur l’œuvre
de Daumier. À Jean Laran succédait Jean Adhémar comme
attaché volontaire à l’œuvre lithographié de
l’artiste. Son nom était déjà cité par
Lemoisne, en 1934, en qualité de rédacteur des notices du
catalogue alors que, jeune débutant prometteur au Cabinet, il se
faisait remarquer par "une compétence exemplaire".
Sur la base du classement entrepris par son prédécesseur,
il put rédiger l’inventaire de l’œuvre, publié en
1949 dans le tome cinquième de l’
Inventaire du fonds français.
Fort de cette expérience, il était tout naturellement désigné pour
participer à l’organisation de l’exposition commémorative
et à la réalisation de son catalogue, dont il rédigea
les notices.
À l’instar de son aîné, il publiait
une monographie sur Daumier quelques années avant l’exposition.
Cet ouvrage, richement illustré, était le fruit de recherches
entamées
dès 1935 sur la chronologie des peintures. Car si les registres du
dépôt légal et la publication dans les journaux ont
pu faciliter la datation des lithographies, celle des peintures était
beaucoup plus hasardeuse à établir, à tel point qu’en
1934 l’absence totale de datation des œuvres – à deux
ou trois exceptions près – avait contraint les commissaires à adopter
une présentation thématique. Comme l’annonce Julien
Cain, administrateur général de la Bibliothèque nationale,
dans la préface du catalogue de 1958, l’exposition était
issue de ces recherches récentes et permettait pour la première
fois de présenter dans une même continuité chronologique
tous les modes d’expression de l’artiste : peintures, dessins,
sculptures, lithographies et gravures sur bois ; le mérite d’Adhémar
ayant été "d’avoir rapproché l’œuvre
gravé et lithographié des dessins et des tableaux" nouvellement étudiés.

Le titre du catalogue,
Daumier, le peintre-graveur, résumait
parfaitement l’ambition de l’exposition qui, à côté de
cent quinze lithographies, présentait vingt-cinq tableaux, réunis
avec difficulté, comme le précise Julien Cain dans sa préface – ce
que confirme la consultation du dossier administratif de l’exposition.
Un grand nombre de dessins fut prêté par des collectionneurs,
parmi lesquels Claude Roger-Marx, à qui était confié le
soin d’analyser "le dessin de Daumier", en tête du
catalogue. Jean Vallery-Radot, conservateur en chef du Cabinet des estampes,
qui a assuré la direction de l’exposition, y présentait
le peintre-graveur ainsi que le propos de l’exposition, précisant
que les lithographies avaient été choisies "moins pour
leurs sujets et leur caractère amusant, que pour leur valeur expressive
et la force de leur dessin". La revanche du dessinateur sur le caricaturiste
se confirmait avec les propos de Claude Roger-Marx : "Baudelaire ne
se trompait pas quand il discernait dans son époque trois grandes
écritures, et
situait celui qu’on considérait encore comme un amuseur, à la
même hauteur qu’Ingres et Delacroix."