Daumier

Glossaire
par Monique Moulène

  La technique lithographique
Estampe Image multipliable obtenue par tirage à partir d’un support gravé ou dessiné, tel qu’une planche de bois, une plaque de métal, ou une pierre lithographique. Cette matrice, encrée et passée sous une presse, s’imprime sur une feuille de papier ou sur un autre support. Le terme s’applique à toutes les techniques : bois, taille-douce, lithographie.
Lithographie Procédé inventé entre 1796 et 1798 par l’allemand Aloys Senefelder (1771-1834). Après la gravure en relief ou en creux, la lithographie est une technique d’impression à plat (ou planographique). Elle est fondée sur la répulsion naturelle de l’eau face à un corps gras. Sur une pierre calcaire polie et plus ou moins grainée, on dessine à la plume ou au crayon. Le gras de l’encre ou du crayon est fixé sur le support grâce à un apprêt chimique de sa surface à l’aide d’une solution acidulée et de gomme arabique. Sous la presse à imprimer l’encre grasse d’imprimerie est acceptée face à la trace grasse du dessin et rejetée partout ailleurs où la pierre est seulement mouillée.
À la place de la pierre, le support peut être une plaque de zinc. Le résultat obtenu est alors une zincographie.
Gillotage ou panicographie Procédé de photogravure créé en 1850 par Firmin Gillot (1820-1872).
À partir d’un dessin au trait réalisé sur une pierre lithographique, dont le cliché est reporté sur une plaque de zinc mordue à l’acide et encrée à plusieurs reprises, il permet d’obtenir une matrice utilisable en typographie, en même temps que le texte. À ses débuts, ce procédé, d’un usage délicat, est seulement utilisé pour la reproduction de dessins ou gravures au trait. Il sera amélioré par Charles Gillot, fils du précédent, pour être appliqué à tous les dessins en utilisant des effets de trame.
270 estampes de Daumier ont été produites selon cette méthode, publiées essentiellement dans Le Journal amusant (1864-1866) et Le Charivari (1870-1872).
  La description de l’épreuve
Épreuve Exemplaire imprimé à partir d’une matrice.
Des épreuves peuvent être réalisées tout au long du travail. Elles portent différents qualificatifs :
épreuve d’état : tirée en cours de travail, elle permet au graveur d’apporter des corrections ;
épreuve avant la lettre ou avant-lettre : ne comportant que la figure, avant toute inscription écrite sur ou sous l’estampe ;
épreuve avec lettre ;
épreuve annotée : comportant des annotations manuscrites.
Le tirage des épreuves est effectué sur différents supports en fonction de leur destination.
Supports Différents papiers peuvent être utilisés pour le tirage d’une estampe en fonction de l’effet escompté.
Le processus de tirage des estampes de Daumier comporte plusieurs étapes.
 
Les épreuves d’essai :
1er état avant la lettre : les premiers tirages sont effectués à 1, 2 ou 3 exemplaires sur un papier blanc, assez fort, avant la lettre, à titre d’essai.
Une épreuve est donnée au journaliste chargé de rédiger la légende ;
2e état avec la lettre : tirées à 1, 2 ou exceptionnellement 3 exemplaires sur papier mince, ces épreuves sont destinées à la correction éventuelle de la légende, au certificat de tirage (on parle d’épreuve certifiée conforme au tirage ou d’épreuve en certificat de tirage) et au visa de la censure.
 
Les épreuves définitives :
Si la censure a donné son accord, on procède au tirage définitif sous deux formes :
les épreuves sur blanc, épreuves de qualité, tirées à un petit nombre d’exemplaires (20 à 150 épreuves selon les sujets), parfois réunies en albums pour des souscripteurs ou des collectionneurs, sont rares (surtout après 1860) ;
– les épreuves destinées à la publication dans les journaux (tirées à 2 000 ou 3 000 exemplaires) ; on parle par exemple d’épreuves du Charivari ou d’épreuves en Charivari.
État Une étape dans le tirage d’une estampe avant une modification. Chaque correction apportée, même minime, fait passer l’estampe d’un état à un autre, numéroté 1er état, 2e état, etc.
Couleur Dans l’œuvre de Daumier, il s’agit d’épreuves coloriées. Les couleurs, à base de blanc d’œuf et de gomme arabique, ne sont pas apposées par Daumier, mais par des coloristes selon un modèle de coloris qui leur sert de guide.
On doit à Édouard Bouvenne plusieurs modèles de coloris pour le coloriage de lithographies de Daumier.
Lettre Inscriptions imprimées en marge de l’estampe, à l’exclusion de la signature ou du monogramme de l’artiste et de toute information manuscrite. Il peut s’agir d’un titre, d’une explication, d’une date, d’une devise, d’une dédicace ou du nom de ceux qui ont participé à la réalisation de l’estampe.
Les participations des auteurs sont présentées de manière codée :
– « sc » ou « sculp » [= sculpsit ] désigne le graveur en taille-douce ou sur bois ;
– « fec. » ou « fecit » désigne l’auteur de la gravure ;
– « lith. » ou « lithogr. » le lithographe ou l’imprimeur-lithographe ;
– « del. » [= delineavit ] désigne l’auteur du dessin qui a servi de modèle pour la gravure, mais aussi le lithographe ;
– « inv. » [= invenit ] désigne l’auteur de la composition gravée, peintre ou dessinateur ;
– « pinx » [= pinxit ] désigne le peintre, auteur de la composition modèle de l’estampe ;
– « imp. » ou « impr. » ou « impr. lith. » désigne l’imprimeur, souvent suivi de l’adresse ;
– « exc. » [= excudit ] désigne l’éditeur. Au XIXe siècle on trouvera plutôt « Ed… » ou « Maison… » ;
– « procédé… » désigne un procédé photomécanique.
La lettre chez Daumier comporte en général le nom de l’imprimeur et de l’éditeur, le titre de la série au-dessus du motif ainsi que le numéro, la légende de la pièce, souvent assez longue, qui sert de titre d’usage.
Les principaux imprimeurs des lithographies de Daumier sont, dans l’ordre chronologique : Ratier, Delaporte, Delaunois, Becquet, Bénard, Junca, Aubert, Bertauts, Trinocq, Destouches, Walter. Par le nombre de pierres imprimées, Aubert l’emporte largement pour la première moitié de la carrière de Daumier (avant 1851) et Destouches pour la seconde.
Légende Texte, écrit ou gravé, pour donner un titre et éventuellement expliquer le sens du motif.
Les légendes des œuvres de Daumier, en général assez longues, sont rédigées par des journalistes comme Jaime, Biais, Huart, par Philipon ou, plus rarement, par Daumier lui-même.
Signature etmonogramme Outre les signatures des différents participants désignés par les termes latins dans la lettre, on trouve couramment, dans le motif, la signature de l’artiste lui-même ou son monogramme composé généralement de ses initiales.
Daumier a utilisé plusieurs signatures et monogrammes (le plus souvent « H. D »). Il a aussi utilisé le pseudonyme « Rogelin », pour une caricature de Louis-Philippe, en forme de poire, en 1832.
  La diffusion des estampes
Censure Rétablie par un décret de Napoléon en 1810, la censure sera supprimée (1819, 1824, 1828, 1830, 1848) et rétablie (1820, 1827, 1830, 9 septembre 1833, 1852) alternativement durant le XIXe siècle, jusqu’à son abolition, en 1881, par la loi qui établit la liberté complète de la presse.
Avant publication donc, une épreuve d’essai avec la lettre était présentée à la censure qui donnait sa réponse dans la journée. Si l’approbation était donnée, par la seule mention « oui », l’imprimeur reportait à la main l’autorisation et enregistrait la pièce. Le tirage pouvait alors commencer pour publication.
Dépôt légal En vertu de la loi sur le dépôt légal, un ou plusieurs exemplaires de tout imprimé mis publiquement en vente ou en distribution doit être déposé à la Bibliothèque nationale. Cette disposition s’applique à l’estampe depuis 1632. Les pièces déposées sont donc enregistrées à la date du dépôt et conservées au Cabinet des estampes, devenu depuis département des Estampes et de la Photographie, de manière inaliénable comme l’atteste l’estampille apposée sur chaque pièce.
Catalogue raisonné Liste complète des œuvres d’un artiste, décrites précisément, numérotées. Ces catalogues servent de référence pour l’étude de l’œuvre.
Une première esquisse de catalogue raisonné des œuvres de Daumier est réalisée par Arsène Alexandre dès 1888. D’autres viennent ensuite pour l’œuvre lithographique : par Champfleury en 1878, puis Loys Delteil en 1906 avec des rééditions en 1926 et 1969, enfin par Dieter et Lilian Noack sur un support électronique en 2004. Le catalogue raisonné des gravures sur bois a été établi par Eugène Bouvy en 1933 ; le catalogue des dessins et peintures par Karl Eric Maison.
Inventaire Catalogue descriptif des œuvres d’un artiste au sein d’une collection.
L’œuvre de Daumier est décrit, en particulier, dans l’Inventaire du fonds français après 1800, t. V, rédigé par Jean Adhémar, conservateur au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale, en 1949.
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