Philippe le Bon recevant en conseil l’hommage des Chroniques de Hainaut des mains de Simon Nockart
Chroniques de Hainaut
Rogier Van der Weyden, Mons (écriture) et Bruxelles (enluminure), 1446-1448.
Parchemin, II + 295 + I f., 439 × 316 mm, 39 miniatures à mi-page
Provenance : Philippe
Bruxelles, KBR, ms. 9242, f. 1
© Bibliothèque royale de Belgique
Les ducs de Bourgogne vont se servir du livre pour mettre en scène leur pouvoir. L’homme vêtu de noir au centre de l’image est Philippe le Bon, troisième duc de Bourgogne de la branche Valois, après Philippe le Hardi et Jean Sans Peur. À l’époque où la miniature est peinte par Roger van der Weyden, en 1446, le duc réunit sous sa main, non seulement les États hérités de son père (Bourgogne, Franche-Comté et Flandre) mais aussi d’autres possessions couvrant les anciens Pays-Bas méridionaux, en particulier le Hainaut confisqué à force de persévérance à sa cousine Jacqueline de Bavière. Sa puissance et sa fortune dépassent celles du roi de France. À ses côtés, le jeune Charles, son unique héritier, celui que la postérité appellera le Téméraire.

L’image sert de frontispice aux Chroniques de Hainaut rédigées en latin par Jacques de Guise au XIVe siècle, puis traduites en français par Jean Wauquelin, un clerc et libraire de Mons. Mais le projet littéraire est sous le patronage de Simon Nockart, haut fonctionnaire du Hainaut, devenu conseiller de son nouveau souverain. C’est Nockart dont le rôle et le nom sont soulignés dans le prologue – alors que le traducteur s’efface et garde l’anonymat – qui est figuré faisant don de l’oeuvre. L’image s’apparente à un hommage vassalique. La souveraineté du duc sur le Hainaut est affirmée par d’autres biais encore : les armoiries du comté figurent au milieu des autres écus ducaux dans les marges ornées, et le texte du prologue souligne qu’il en est le souverain légitime, « par la grâce de Dieu », expression dont le roi de France lui conteste l’usage car elle lui est normalement réservée.
Mais l’image à d’autres significations encore. L’assemblée est composée de personnages choisis qui ensemble composent le conseil ducal. Sur la gauche, les légistes et gens de robes, les piliers de l’appareil administratif. En bleu, accoudé au trône, le chancelier Rolin, qui à la garde des sceaux mais dont le pouvoir et le prestige dépassent la fonction. Il est seul à avoir gardé son chaperon. À ses côtés, vêtu de rouge, Jean Chevrot, évêque de Tournai et chef du conseil. Derrière eux probablement Guy Guilbaut, maître de la chambre des comptes de Lille, à cette date le troisième personnage de l’administration ducale.

À l’opposé, les nobles de haut rang exhibent tous le collier de la Toison d’or, réservé à l’élite de la noblesse. Les uns et les autres constituent ensemble le conseil qui gère les affaires de l’Etat bourguignon et accompagne le duc dans ses déplacements. Le conseil se réunit quotidiennement et gère les affaires courantes.

Pour améliorer son fonctionnement, le duc promulgue en 1446 une ordonnance qui fixe un quorum : le conseil ne peut se tenir sous l’autorité du chancelier à moins de quatre ou cinq conseillers. Cette décision trouve sa traduction visuelle sous le pinceau de Roger van der Weyden dont on ne connaît pas d’autres miniatures. Le duc apparaît comme un souverain idéal, entouré de conseillers et non comme un autocrate. L’image servira de modèle à bien d’autres scènes de présentation, en particulier pour les traités sur l’art de bien gouverner qui tous soulignent la valeur du conseil. Elle témoigne d'une mise en scène du pouvoir parfaitement maîtrisée par les ducs de Bourgogne.
 
 

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