Jean Wauquelin présente son oeuvre à Philippe le Bon
Histoire d’Alexandre
Pays-Bas méridionaux, Bruges ? 1448.
Parchemin, IV + 229 f. + IV, environ 435 × 310 mm, 80 miniatures
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 9342, f. 5
© Bibliothèque nationale de France
En avril 1448, Jean Wauquelin et le scribe à son service, Jacotin du Bois, sont payés « pour avoir escript et copyet en velin plusieurs livres pour mon dit seigneur, si comme : la premiere partie des Chroniques de Belges ; item, le livre de Gerart de Roissillon et l’Istoire d’Alixandre… », soit respectivement : le premier tome des Chroniques de Hainaut (Bruxelles, KBR, ms. 9242), le Girart de Roussillon (Vienne, ÖNB, ms. 2549) et le présent volume de l’Histoire d’Alexandre.
Responsable de ce bouquet littéraire, Jean Wauquelin est l’un des écrivains les plus actifs et les mieux connus au service de Philippe le Bon. Il est même, chronologiquement, le premier d’entre eux si l’on considère ceux qui sont pensionnés. En s’attachant ses services, le duc commence sa politique active de bibliophile, par quelques ouvrages remarquables pour leur contenu littéraire et leur qualité artistique. Originaire de Picardie, Wauquelin est actif à Mons de 1439 à 1452, date de son décès. Il est signalé dans le registre de la paroisse Sainte-Waudru comme « translateur et valet de chambre de Monseigneur de Bourgogne ». Sa promotion comme valet de chambre, survenue tardivement en mai 1447, le récompensait pour des oeuvres déjà produites et l’encourageait pour celles en cours.
Son Histoire d’Alexandre, appelée aussi Les Faicts et les conquestes d’Alexandre le Grand, entrecroise de nombreuses sources françaises et latines, rimées ou en prose, en particulier le Roman d’Alexandre en alexandrins, le Voeux de Paon de Jacques de Longuyon, l’Historia de Preliis et le Liber de Proprietatibus rerum, ces deux derniers titres utilisés dans leur traduction française. Cette oeuvre « historico-romanesque », qui fait la part belle aux légendes et aux mythes, a été entreprise selon les termes même du prologue à l’initiative de Jean II de Bourgogne, comte d’Étampes et de Nevers, cousin et gendre de Philippe le Bon. Si l’exemplaire du comte d’Étampes a jamais existé, il est aujourd’hui perdu. En revanche, la Bibliothèque nationale de France conserve deux témoins essentiels : un manuscrit sur papier qu’on suppose être les minutes originales proposées à l’attention du duc (Paris, BNF, Mss, fr. 1419) et le présent manuscrit, probablement sa transcription luxueuse comportant la dédicace. Un dernier exemplaire, plus tardif et davantage illustré (Paris, MBVP, collection Dutuit, ms. 456), auquel collaborèrent plusieurs artistes, notamment Lieven Van Lathem et Willem Vrelant, porte encore les marques de propriété de Philippe le Bon. Cette profusion d’exemplaires dans la librairie ducale – hors de laquelle l’oeuvre n’a pas rayonné –, comme la présence de nombreux autres titres où apparaît, çà et là, la figure du héros antique, témoigne du goût immodéré pour Alexandre à la cour de Bourgogne : modèle à suivre, à égaler et à surpasser. Et c’est bien sûr en ce sens qu’il faut considérer la scène de présentation de l’ouvrage où Philippe le Bon, souverain exemplaire, reçoit le récit d’un héros « naturalisé » bourguignon (f. 5). Le roman, en effet, emprunte un extrait aux Chroniques de Hainaut soutenant qu’Alexandre avait conquis les Pays-Bas méridionaux, pour établir ainsi un lien quasi dynastique entre les deux souverains.
Le roman – on le voit ! – accorde une place importante aux récits légendaires : Alexandre s’élève dans les airs à l’intérieur d’une cage emportée par des griffons, explore les fonds marins à l’intérieur d’un caisson de verre, lutte contre des peuplades monstrueuses et sauvages, etc. Empreint d’un fantastique médiéval, le roman fut éclipsé par la traduction de Quinte-Curce que Vasque de Lucène dédicaça au Téméraire en 1468 (Paris, BNF, Mss, fr. 22547). Cette oeuvre, expurgée des épisodes fantasmagoriques, connut une plus large diffusion que le roman de Wauquelin. Sous ses seuls habits de conquérant, la figure du souverain macédonien fut jugée plus propre à servir les ambitions du dernier duc de Bourgogne.
Dans le roman de Wauquelin, l’artiste donne à voir un univers clivé, tantôt urbain, tantôt sauvage, au gré des conquêtes d’Alexandre. La ville incarne la civilisation, le campement de l’armée grecque ordonné autour de la tente d’Alexandre est en quelque sorte son prolongement. Lorsque la cité d’Éphèse s’apprête à accueillir Alexandre (f. 69 vo), la foule se presse sur le port, des couples de conditions variées devisent, un homme pêche, un marin somnole dans son embarcation sous l’oeil de son chien. Tout est ici ordonné pour évoquer le monde civilisé à travers le prisme d’une ville flamande. Le tableau tranche avec la sauvagerie des géants (f. 154 vo). Ceux-ci, hirsutes et barbus, vêtus de peaux de bêtes, surgissent d’une forêt au couvert dense, font provision de pierres et surprennent l’armée d’Alexandre avant de battre en retraite. Dans la mêlée, Alexandre, à la tête de ses hommes, monte Bucéphale.
 
 

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