Guillebert de Lannoy offrant à Philippe le Bon son traité sur l’art de bien gouverner
Instruction d’un jeune prince
Le Maître du Girart de Roussillon (Dreux Jehan), Bruxelles (?) , vers 1452-1460.
Parchemin, 56 f., 288 × 195 mm, 2 miniatures à mi-page
Bruxelles, KBR, ms. 10976, f. 2
© Bibliothèque royale de Belgique
On a cru longtemps que « Foliant d’Ional » (ou « Yonal »), le nom donné dans le texte à l’auteur anonyme de cette Instruction pour futurs souverains, provenait de l’anagramme de Guillebert de Lannoy (1386-1462), aventurier et diplomate au service à la fois de Philippe le Bon et de son père, Jean sans Peur. Des recherches récentes ont cependant fourni l’hypothèse que l’auteur du texte serait, en fait, le frère de Guillebert, Hugues (1384-1456). Seigneur de Santes et gouverneur de Hollande (1433-1440), Hugues occupait la place de conseiller et d’ambassadeur de Philippe le Bon, pour qui il rédigea de nombreux mémoires sur des sujets militaires, financiers, politiques et administratifs. Certains partisans de l’attribution à Guillebert plaçaient le texte entre 1435 et 1442, mais le manuscrit de Bruxelles KBR, ms. 10976, l’exemplaire princeps, ne peut pas avoir été illustré bien avant 1452. D’autres ont proposé que l’Instruction n’ait été terminée qu’à son retour de Rome en 1450, l’année du jubilé papal.
Les armoiries de Bourgogne et le collier de l’ordre de la Toison d’or dans l’initiale P, sous la miniature de présentation du folio 2 , attestent que le volume relève d’une commande de Philippe le Bon, mais à quelle date ? La composition de cette miniature de présentation reflète en partie le célèbre frontispice de Rogier Van der Weyden dans les Chroniques de Hainaut (Bruxelles, KBR, ms. 9242), dans lequel le jeune Charles le Téméraire, juste à gauche de son père, est représenté âgé d’une quinzaine d’années. Dans la miniature de présentation de l’Instruction, Charles est clairement un jeune homme ; il doit avoir dix-neuf ou vingt ans si l’on se base sur la présence du motif des deux E affrontés sur le dais qui surplombe le trône du duc, motif utilisé pour la première fois par Philippe le Bon avant 1453. Si l’Instruction n’a été copiée et enluminée que vers 1460, comme l’ont suggéré certains auteurs, alors le frontispice nous montre, complaisamment, sous des traits fort juvéniles un Charles le Téméraire de vingt-six ou vingt-sept ans.
En 1959, Léon Delaissé a attribué les deux enluminures de l’Instruction à un peintre anonyme qu’il a baptisé « Maître du Guillebert de Lannoy ». Il se demandait en outre si ce peintre avait aidé Dreux Jehan dans les Livres du roy Modus et de la royne Ratio (Bruxelles, KBR, ms. 10218-19) et dans les Chroniques de Jérusalem abrégées (Vienne, ÖNB, ms. 2533). Le Maître du Guillebert de Lannoy se distinguait de Dreux Jehan par ses personnages moins énergiques, au nez très effilé, et par « une certaine hésitation » dans le modèle. Dans le même temps, Delaissé n’excluait pas la possibilité que le Maître du Guillebert de Lannoy soit en fait Jehan à l’âge mûr, plutôt qu’un disciple. Les intérieurs spacieux figurant sur les deux miniatures de l’Instruction – le lit de mort de l’imaginaire roi Ollerich de Norvège, au folio 10, est décidément placé dans un cadre sombre – écartent l’attribution de ces enluminures au Maître des scènes d’enterrement du Girart. En fait, les intérieurs généreusement proportionnés, les personnages minces et l’exécution picturale des deux miniatures renvoient au Maître du Girart de Roussillon et, plus spécifiquement, aux illustrations des Chroniques de Jérusalem abrégées, même si l’on note qu’aucun des personnages des Chroniques de Vienne n’est doté des yeux assez déconcertants de plusieurs spectateurs du folio 10 de l’Instruction de Bruxelles. Ceci n’empêche pas d’attribuer les deux miniatures de Bruxelles à l’atelier du Maître du Girart de Roussillon.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu