Le mariage d’Alexandre et de Roxane.
Vasque de Lucène remettant sa traduction à Charles le Téméraire. Sur le dais l’inscription « Par la grâce de Dieu duc de Bourgogne»
Faits et gestes d’Alexandre
Le Maître viennois de Marie de Bourgogne, enlumineur, Bruges et probablement Gand, entre 1468 et 1470.
Parchemin, 269 f., 435 × 335 mm, 74 miniatures à mi-page, 12 miniatures sur une colonne
Provenance : Charles le Téméraire
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 22547, f. 1
© Bibliothèque nationale de France
En 1468, Vasque de Lucène termina la traduction de l’histoire d’Alexandre le Grand rédigée par le romain Quinte-Curce. Il la dédia à Charles le Téméraire, duc de Bourgogne depuis l’année précédente. Même s’il ne s’agit pas de la première copie réalisée, ce volume, payé par Charles le Téméraire en 1470, constitue néanmoins un des premiers exemplaires de luxe du texte de Vasque de Lucène. En novembre de la même année, Loyset Liédet fut rétribué pour les quatre-vingt-six miniatures de l’ouvrage, mais aussi pour les lettrines, la reliure damassée, un coffret recouvert de cuir blanc et le transport du livre de Bruges à Hesdin. Les armoiries du duc se trouvent dans l’initiale de la scène de présentation. Soixante-seize miniatures sont caractéristiques du style de Liédet, tout comme la qualité de leur finition. Le duc savait pouvoir compter sur la compétence de l’artiste pour enluminer rapidement des manuscrits dont il considérait la présence essentielle dans une bibliothèque princière.
Alors que Liédet recevait le paiement pour l’ensemble des miniatures, il sous-traita en dehors de son atelier dix d’entre elles, d’un style tout à fait différent. Il s’adressa au Maître viennois de Marie de Bourgogne, probablement son jeune collègue à l’époque, pour l’exécution de six des douze miniatures sur une colonne et pour quatre autres prévues sur deux colonnes. Cet artiste n’est en rien un imitateur fidèle de l’art prosaïque de Liédet. Ses dessins révèlent plus de véracité, un rendu de la lumière plus riche et plus subtil, un mouvement plus gracieux et mieux intégré des personnages. Si ses images contiennent encore quelques erreurs de jeunesse, elles s’avèrent plus précises dans l’exécution et le traitement du paysage ainsi que dans les accents particuliers apportés à l’ambiance des scènes.
La miniature la plus aboutie du Maître viennois de Marie de Bourgogne évoque Alexandre prenant la main de Roxane. Au cours d’un banquet donné en son honneur par le gouverneur et auquel assistent trente vierges de noble lignage, le conquérant macédonien remarque, parmi l’assemblée, Roxane, à la beauté « rare parmi les barbares ». Dans le texte, Vasque de Lucène décrit très brièvement la scène et le mariage qui s’ensuit alors que l’artiste y accorde beaucoup d’attention. Les neuf autres illustrations attribuées au Maître viennois de Marie de Bourgogne montrent, de manière identique ou très proche, les types ou les attitudes des personnages, les gestes gracieux et expressifs de leurs mains mais aussi les fortes émotions que reflètent leurs visages. Étant donné que Liédet fut payé pour le codex fin 1470, il est possible que le duc ait commandité les miniatures peu après l’achèvement de la traduction. Comme le mariage de Charles le Téméraire et de Marguerite d’York a été célébré en 1468, cet événement pourrait expliquer l’activité déployée à cette occasion par les artistes et l’attention particulière accordée au thème des fiançailles.
 
 

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