Messe chantée à laquelle assiste Philippe le Bon
Jean Miélot remet son œuvre à Philippe le Bon en présence de la cour
Traité de l’oraison dominicale
Jean Le Tavernier, enlumineur, Audenarde, après 1457.
Parchemin, 273 f., environ 395 × 285 mm, 3 miniatures à mi-page
Provenance : Philippe le Bon
Bruxelles, KBR, ms. 9092, f. 1
© Bibliothèque royale de Belgique
En 1456, Jean Miélot, secrétaire de Philippe le Bon, se vit confier la traduction d’un traité théologique latin sur le Notre Père, dont l’auteur, un bénédictin, est resté anonyme (f. 3 vo, 269 vo-270). Le Traité de l’oraison dominicale de Bruxelles, un exemplaire de luxe, n’est pas de la main de Miélot lui-même, mais d’un collaborateur qui transcrivit également un exemplaire d’une Vie de saint Josse (Bruxelles, KBR, ms. 10958) compilée par le chanoine lillois (Delarue 2010). Les trois scènes historiées furent peintes en 1457 ou peu après par Jean Le Tavernier et par un collaborateur. La décoration de la page est complétée de grandes initiales ornées, couvertes de feuilles bleues et rouges, parties de blanc. Elles apparaissent dans plusieurs livres réalisés sous la direction de Jean Miélot – l’un d’entre eux de la main de Le Tavernier (Paris, BNF, Mss, fr. 12441) – mais aussi dans des manuscrits qui n’ont rien à voir avec lui, ni d’ailleurs avec l’enlumineur audenardais, comme les Chroniques de Jérusalem abrégées de Vienne (ÖNB, ms. 2533), attribuées à Dreux Jehan. La décoration marginale s’écarte du répertoire habituel de Le Tavernier et semble l’oeuvre d’un vignetteur actif dans un autre milieu artistique qu’Audenarde. Il s’agit de belles bordures colorées, au réseau dense, où alternent des rinceaux tracés à l’encre portant des feuilles dorées et des motifs végétaux parfois fantasques – remarquons en particulier les gros pistils portés par des feuilles en forme de tau –, avec des acanthes ligneuses dans les coins. Les armes de Philippe le Bon, accompagnées de son mot Autre naray et le collier de la Toison d’or, figurent en bas de page.
La première miniature (f. 1) est une scène de présentation du livre au duc de Bourgogne, clairement inspirée de l’archétype fourni par les Chroniques de Hainaut (Bruxelles, KBR, ms. 9242). Le trône a été remplacé par un lit à baldaquin et la scène a perdu beaucoup de son caractère statique et officiel. Vient ensuite la représentation de l’auteur du texte original (f. 2), un bénédictin assis à sa table de travail. Cette miniature de facture plus lourde semble difficile à attribuer au pinceau souple et délié de Le Tavernier ; qu’il se soit fait seconder par un collaborateur n’a, en fait, rien d’étonnant si l’on considère l’importance des commandes que l’Audenardais se vit confier en un laps de temps assez court – une douzaine d’années tout au plus. Les textes confirment d’ailleurs l’existence d’assistants : lors de sa participation au banquet du Faisan, en 1454, Le Tavernier fut secondé d’un « varlet ». Nul doute qu’il continua à se faire aider quand le duc se tourna plus régulièrement vers lui.
La troisième miniature (f. 9) montre une messe chantée à laquelle assiste Philippe le Bon. Dans le choeur tendu de tapisseries, le duc est isolé dans un oratoire de tissu bleu dressé à droite de l’autel. Il est agenouillé sur un prie-Dieu, face à un livre de prières et à un diptyque qui le représente en adoration devant la Vierge à l’Enfant. Les premières paroles de l’oraison dominicale – Pater noster – sont écrites en lettre d’or au-dessus du petit panneau de dévotion. L’enlumineur n’a toutefois pas représenté le moment de la célébration où le prêtre lit ou entonne le Pater, juste après le canon de la messe : si c’était le cas, il l’aurait peint bras écartés et la schola cantorum serait muette. L’étrange couleur bleue de la chasuble du célébrant, le rouge de la dalmatique du diacre derrière lui, sont autant d’incongruités montrant que l’enlumineur a pris des libertés avec le déroulement normal de la messe. Il s’est toutefois complu à peindre de façon réaliste l’autel dont le retable sculpté, en forme de T inversé, présente une Crucifixion flanquée du Portement et de la Descente de Croix. À l’entrée du choeur, des chantres groupés autour d’un graduel entonnent une oraison. L’un est commis à tourner les pages ; deux autres sont assis au pied du lutrin. Dans le fond, quatre courtisans assistent à la messe. L’un d’eux porte le collier de l’ordre de la Toison d’or.
D’autres manuscrits de la librairie de Bourgogne présentent le duc en train d’assister à la célébration eucharistique. Le décor de la cérémonie religieuse et la position des différents intervenants se retrouvent presque à l’identique dans une miniature des Miracles de Notre-Dame (Paris, BNF, Mss, fr. 9198, f. 53 vo) peinte par Jean Le Tavernier. La facture aussi rapproche les deux scènes, ce qui nous conduit à attribuer au même peintre celle de Bruxelles, dont la paternité a parfois été contestée (récemment encore par Alain Arnould dans LDB-I 2000). La première miniature du Traité (f. 1) aussi est, à notre avis, de sa main. Le souverain représenté jambes écartées est calqué sur un modèle qui s’observe fréquemment chez Le Tavernier, par exemple dans le Recueil de Paris relatif à la Terre sainte (Paris, BNF, Mss, fr. 9087).
 
 

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