Le comte de Flandre
Portrait équestre de Philippe le Bon en grande tenue héraldique (vers 1435-1438)
Grand armorial de la Toison d’or et de l’Europe
Paris, Bibliothèque nationale de France, Ars., ms. 4790, f. 149 vo (ancienne foliotation 311)
© Bibliothèque nationale de France
Les armoiries sont une autre manière de mettre en scène le pouvoir. Voici le duc de Bourgogne en grande tenue équestre dans le Grand Armorial de la Toison d’or. Les armoiries de Philippe le Bon ont évolué au fil de ses acquisitions, prétentions et revendications territoriales. À l’époque de l’institution de l’ordre de la Toison d’or, en 1430, et dans les trois décennies suivantes, il adopte le plus souvent un grand écu écartelé. Le duc porte le collier de la Toison d’or, ordre prestigieux qu'il a créé pour réunir autour de lui la noblesse de ses différentes possessions, vastes et dispersées.

C’est dans les années 1430, peu après la création de l’ordre, que le Duc fait réaliser le Grand armorial de l’Europe et de la Toison d’or, qui recense les armoiries de 942 familles ou individus appartenant à toute l’Europe, ainsi que 79 somptueux portraits équestres de divers grands personnages (rois, ducs, comtes) et des chevaliers de la Toison d’or appartenant aux quatre premières promotions.

À cette époque, l’héraldique et les emblèmes sont très à la mode à la cour de Bourgogne. Pour mieux se distinguer, on ajoute des formules identitaires sur ses livres et ses vêtements. Chacun exprime ainsi son caractère, ses aspirations, ses ambitions. Peu à peu, on prend l’habitude d’accompagner ces devises d’un mot ou d’une courte sentence qui le complète ou qui l’explique. Pour le duc de Bourgogne, il s’agit d’un fusil frappant un silex pour provoquer des étincelles, avec pour mot « aultre nauray », (autrement dit, « je ne lâche rien »).
Car en effet, Philippe le Bon, celui que l’on appelle le « Grand Duc d’Occident », s’impose et règne d’une main ferme pendant quarante-huit ans. C’est après l'assassinat de son père à Montereau en 1419, qu’il accède à la tête du duché de Bourgogne et du comté de Flandre. Plutôt isolé sur la carte politique entre la France et l'Empire germanique, le duc de Bourgogne s'allie aux Anglais ce qui le conduit notamment à prendre parti contre Jeanne d'Arc lors de son procès en 1430.

Déçu de son alliance avec les Anglais, Philippe le Bon renonce, finalement, à remettre en cause la légitimité du roi de France et se réconcilie avec Charles VII. Il s'attache alors à consolider et agrandir les frontières de son domaine. Ses possessions comportent deux parties distinctes, sans continuité territoriale : au sud le comté de Nevers, la Bourgogne et la Franche-Comté, plus au nord, les anciens Pays-Bas méridionaux incluant, dans leur extension maximale les villes de la Somme et de l'Artois et des provinces belges (Flandre et Brabant) auxquelles il ajoute plusieurs territoires : le comté de Namur, le Hainaut, la Hollande, la Zélande et la Frise.

Il envahit le Luxembourg en 1433 et étend son pouvoir sur les villes d'Utrecht et Liège en 1455. Grand mécène de l'époque, le faste de sa cour participe à faire de lui un prince de premier plan qui se veut indépendant de la France et de l'Empire germanique.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu
 
 
> commander