La Vierge entourée des Vertus.
Armoiries et devises de Philippe le Bon, entouré de Gédéon et de Jason (1451)
Martin le Franc, Le Champion des dames
Le Maître du Missel de Paul Beye (Barthélemy Poignare ?), enlumineur, Arras, 1451.
Parchemin, 150 f., environ 297 × 203 mm, 66 miniatures, 2 initiales historiées
Provenance : Philippe le Bon
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 12476, f. 1 vo
© Bibliothèque nationale de France
Le Champion des dames est un long poème de plus de vingtquatre mille vers octosyllabiques divisé en cinq livres, dont le titre indique clairement la position de l’auteur dans la querelle sur les femmes qui agita les milieux littéraires français tout au long du xve siècle et bien au-delà. Reprenant la forme du roman allégorique utilisée dans le Roman de la Rose, mais critiquant la position violemment antiféministe développée par Jean de Meun, Martin Le Franc, un clerc normand qui fit carrière au service du duc Amédée VIII de Savoie, s’y livre à une vibrante apologie des femmes, « plus que les hommes meismement / Es ars humains inventives », exaltant leur rôle dans l’histoire et dans le développement des arts, leur fidélité en amour, leur héroïsme dans la guerre, leur contribution à la paix. C’est l’occasion pour lui de développer aux livres 2 et 4, dans la lignée de Boccace et de Christine de Pizan, toute une galerie de portraits de dames s’étant illustrées depuis les temps les plus anciens jusqu’à son époque. Mais dans cette oeuvre foisonnante, Martin Le Franc ne se limite pas à ce vigoureux plaidoyer du genre féminin : fustigeant les moeurs corrompues de son temps, il délivre un message politique et se montre un ardent partisan du concile de Bâle, dont il loue le rôle pacificateur et la contribution au renouveau spirituel de l’Église, défendant au passage les thèses conciliaires sur l’Immaculée Conception. L’oeuvre s’achève par le triomphe de Franc Vouloir, le champion des dames, sur leurs odieux détracteurs, Malebouche et Faux Semblant.
L’auteur avait dédié son oeuvre, achevée en 1442, au duc de Bourgogne Philippe le Bon, véritable arbitre de la politique européenne. Le manuscrit de dédicace, enluminé en Savoie, est conservé à Bruxelles (KBR, ms. 9466). Malgré des protections puissantes, notamment celle de la duchesse Isabelle de Portugal, dont l’auteur souligne l’intervention dans la conclusion du traité d’Arras en 1435, l’oeuvre fut mal accueillie à la cour de Bourgogne, peut-être en raison de sa liberté de ton et de ses positions trop favorables à la paix. Le manuscrit présenté ici est un deuxième exemplaire qui fut remis au duc neuf ans plus tard. Il est doté d’un cycle iconographique infiniment plus riche que le précédent : outre le majestueux frontispice, au riche décor héraldique et emblématique, figurant la remise du manuscrit au duc, soixante-sept images de formats variés illustrent les péripéties du récit et les nombreuses héroïnes célébrées dans le poème. Croqués d’un trait vif, dans une technique se rapprochant du dessin colorié, ces tableautins frappent par l’originalité de leur style et par leur intelligente interprétation du texte.
 
 

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