Préparatifs de Médée pour rajeunir Éson
Raoul Lefèvre, Histoire de Jason
Paris, Bibliothèque nationale de France, Ms. fr. 331, f. 132
© Bibliothèque nationale de France
Liés aux choses du corps, les sujets de nature sexuelle ou scatologique n’ont pas totalement disparu. Ce sont surtout les exhibitions anales qui gardent droit de cité. Des primates libidineux introduisent des soufflets dans le postérieur d’ours apeurés. D’autres se retournent de façon impudique pour s’offrir à la monte. Au même titre que l’agenouillement ou la jonction des mains, cette manière de se pencher sans défense renvoyait depuis le XIIIe siècle déjà à la notion évidente de soumission. Cette évocation paillarde tisse un lien immédiat et de façon à peine détournée avec l’homosexualité supposée des clercs, auxquels les singes ont longtemps été assimilés. Plaisanterie visuelle commune et largement répandue aux siècles précédents, la défécation demeure aussi une constante, ainsi qu’en témoigne par exemple ce singe capuchonné qui regarde hilare un jeune homme abaisser ses chausses pour se soulager dans l’exemplaire de l’Histoire de Jason de Raoul Lefèvre, enluminé vers 1470 pour le très pieux Louis de Gruuthuse. L’utilisation exacerbée de ce thème ne relève pas du blasphème. Au Moyen Âge, les excréments charriés au milieu des rues ne sont pas perçus comme sales ou scandaleux. Leur odeur est permanente dans les cités. Attitudes ambiguës, situations inconvenantes ou scabreuses, toutes ces obscénités bien présentes dans le langage culturel subsistent dans les manuscrits du comté de Flandre, mais se montrent désormais plus discrètes et se cachent derrière une abondance de comportements plus anodins.
 
 

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