L’Annonciation
Livre de prières à l’usage de Tournai
La miniature pré-eyckienne, Tournai, début du XVe siècle.
Parchemin, II + 259 + IV f., environ 137 × 94 mm, 77 miniatures
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, lat. 1364, f. 25
© Bibliothèque nationale de France
Ce manuscrit est un exemple unique de livre de prières tournaisien enluminé vers 1400. C’est le calendrier composite qui dévoile son origine puiqu’il mentionne, outre quelques saints vénérés à Paris, le patron principal de la ville de Tournai, saint Éleuthère. Celui-ci apparaît encore dans une miniature (f. 219 vo) comme le fondateur de la cathédrale dont il porte le symbole dans la main. Le texte du manuscrit s’écarte du contenu classique d’un livre de prières par une série d’oraisons qui commencent presque toutes par Ave, la plupart adressées au Christ et évoquant des épisodes du Nouveau Testament, et également par des offices abrégés pour les différents jours de la semaine. L’enluminure est tout à fait remarquable avec ses soixante-dix-sept miniatures directement intégrées dans le texte du manuscrit, et non peintes sur des folios séparés qui auraient été joints au manuscrit par la suite, comme souvent dans les livres d’heures brugeois. Ces miniatures forment une source inestimable de matériel iconographique, surtout pour des scènes moins courantes, comme la Guérison du possédé (f. 41 vo), la Descente aux limbes (f. 85 vo) ou encore l’Agneau de Dieu (f. 103). L’enluminure offre également un bel échantillon des débuts de la technique de la grisaille qu’on doit à l’habileté et au raffinement de trois ou quatre artistes. Les quatre premières miniatures, qui représentent les évangélistes, sont peintes avec beaucoup de délicatesse et incluent quelques éléments en teinte sépia. Elles se rattachent au Style international. Suivent ensuite un grand nombre de miniatures qui, vu leur fond blanc sans aucune décoration, ont été attribuées à un maître dénommé « Maître au fond blanc ». Les cadres peints en trompe-l’oeil et partiellement ombrés présentent en alternance des fleurs roses angulaires et des fleurs rondes, un motif décoratif qui s’inspire de la sculpture contemporaine. On utilisait également des rosettes sur les cadres dans le cas des peintures sur panneaux pré-eyckiennes. On les retrouve, en relief, sur le Tryptque Norfolk (Rotterdam, MBVB, inv. no 2466 open) ou, peintes en trompe-l’oeil, sur les Panneaux de Walcourt (Namur, MPAAN, inv. no B0036).
La miniature de l’Annonciation (f. 25) se trouve dans ce petit livre de prières tournaisien en regard de la prière Ave prudens consiliarius jhesu, alors qu’elle illustre habituellement le début de l’office marial. L’originalité de cette représentation vient du fait qu’elle combine ce thème classique avec le type de la Vierge d’humilité : Marie, assise sur un coussin, baisse humblement la tête au moment où l’Ange vient lui annoncer le message divin ; à l’avant de la scène, entre Marie et l’Ange, se trouve un vase contenant un lys, référence à sa virginité. De semblables prototypes ont également servi de modèles aux primitifs flamands, Robert Campin, par exemple, qui représente sur panneau le même événement dans un intérieur bourgeois (Bruxelles, MRBAB, inv. no 3137). Le miniaturiste du livre de prières a travaillé le sujet en grisaille avec des lignes de contour délicates et des nuances de gris et de noir bien équilibrées dans le tombé des plis, une façon spécifique de procéder utilisée également dans quelques autres miniatures de ce Maître au fond blanc (par exemple aux f. 32 vo, 87 vo, 101 vo).
Dans les miniatures à fond sombre (f. 105 vo-254 vo), entourées d’un cadre plus simple – orné de cercles à la place des fleurs –, on a pu identifier la main de Jean Semont, un des rares miniaturistes dont on trouve mention dans un document d’archives.
En dehors des folios montrant les évangélistes, les deux lignes de texte qui se trouvent sous les miniatures ont été complétées plus tard par une initiale d’où sortent des rinceaux. À côté de la vigne, traditionnelle, apparaissent des feuilles de chêne ou des feuilles réniformes au bord lobé. Un cadre noir avec, dans les coins, de fines branches pourvues de divers types de feuillages semble avoir été ajouté par la suite à toutes les miniatures. Le jeu de ces rinceaux contribue à l’harmonie et au raffinement de l’ensemble du manuscrit.
 
 

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