L’Annonciation
Livre d’heures à l’usage de Rome
Les Maîtres aux rinceaux d’or, enlumineurs, Bruges, vers 1440.
Parchemin, 178 f., environ 198 × 145 mm, 34 miniatures
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, NAL 3110, f. 13
© Bibliothèque nationale de France
Ce livre d’heures auquel plusieurs miniaturistes ont contribué dénote de multiples sources d’inspiration. Le feuillet de l’Annonciation, qui ouvre le cycle des heures de la Vierge (f. 13, matines), immédiatement après le calendrier, présente une mise en page particulière : la grande miniature, l’initiale historiée et l’encadrement orné forment un ensemble d’une densité et d’une qualité de décor sans équivalent dans le reste du manuscrit. La scène principale se déroule dans un espace voûté. Le fond rouge de la composition est recouvert d’un réseau d’acanthes dorées, riches et amples, où chaque volute est parfaitement dessinée. L’ange se détache sur ce fond ornemental et s’adresse à la Vierge, absorbée par sa lecture. Le bleu intense de son drapé, associé aux couleurs rouge et verte du lit et de son baldaquin, de même valeur, crée à l’intérieur de l’image une espèce de cellule intime et colorée. Un petit tableau de la Sainte Face, pendu au baldaquin, est traversé symboliquement par les rayons de la colombe qui semble jaillir de la clé de voûte. Le message angélique trouve un autre écho à l’intérieur de l’initiale historiée, où les paroles d’Isaïe « Ecce virgo concipiet et pariet filium » (Voici qu’une vierge concevra et enfantera un fils) entourent le prophète face à un clerc. Ce message semble encore renforcé par les lettres blanches A V E E, chacune inscrite dans un médaillon quadrilobé placé aux angles de l’image, qui pourraient signifier « Ave Emmanuel ».
À l’évidence, cette Annonciation rappelle les tableaux de grands maîtres flamands, en particulier le panneau central du triptyque de Mérode du Tournaisien Robert Campin (New York, MMA, Cloisters Collection, inv. 56.70a-c). La Vierge est semblablement peinte de face, près du sol, dans une position relâchée, le corps légèrement affaissé parce qu’elle est accoudée à un meuble bas. Cet emprunt majeur, auquel s’ajoutent des motifs pré-eyckiens comme le dallage au motif de grecques ou les rosettes du cadre, isole ce feuillet du reste du manuscrit. Même l’initiale présente une découpe singulière.
Le peintre a exécuté aussi le décor marginal. Les acanthes, plus enroulées et multicolores, mais tout aussi profuses, donnent naissance à des fruits jaunes et alvéolés ainsi qu’à des corolles d’où surgissent des anges musiciens aux ailes bicolores ou dorées. Leurs gestes d’instrumentistes témoignent d’un sens évident de l’observation : le joueur d’orgue portatif actionne le soufflet en écartant les doigts pour jouer la note juste.
Les autres miniatures se rattachent au groupe des Maîtres aux rinceaux d’or. Leur composition s’inspire clairement de modèles parisiens du début du xve siècle, leur source, en l’espèce, étant les miniatures des Heures de la famille de Saint- Maur, enluminées dans l’entourage du Maître de Boucicaut à Paris, vers 1410-1412 (Paris, BNF, Mss, NAL 3107). L’imitation s’étend parfois jusqu’aux plus menus détails, ainsi l’étoile sur le manteau de la Vierge ou le moulin sur la colline dans la Fuite en Égypte (f. 60). Les multiples échos qu’on en trouve dans les manuscrits flamands prouvent que le manuscrit parisien était certainement conservé dès cette époque dans les Pays- Bas méridionaux. Même l’artiste du feuillet de l’Annonciation s’en inspire pour le fond d’acanthes dorées de sa miniature.
À côté de ces emprunts, de nouveaux poncifs voient le jour, par exemple, dans le Massacre des Innocents (f. 53 vo), la femme vue de dos, qui se réfère à un modèle flémallien. L’assimilation des styles n’est donc pas univoque.
Mis à part l’encadrement de l’Annonciation, presque tous les autres feuillets du manuscrit – quelques-uns, en fin de volume, font exception – présentent le même type de décor marginal, reproduit en miroir sur le recto et le verso, cette homogénéité des marges rendant moins apparente la diversité des mains.
Même si rien ne nous renseigne sur l’identité du commanditaire ni sur ses propriétaires successifs, le calendrier complet en latin et le décor des marges suggèrent une origine brugeoise.
Le manuscrit est entré à la Bibliothèque nationale de France en 1960 avec la donation du comte Guy du Boisrouvray.
 
 

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