Saint André
Saint Christophe
Livre d’heures à l’usage de Rome
les Maîtres de Guillebert de Mets, enlumineurs, Pays-Bas méridionaux, Gand (?), entre 1409 et 1419.
Parchemin, II + 252 + I f., environ 140 × 103 mm, 28 miniatures à pleine page, 12 médaillons, 1 initiale historiée
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, NAL 3055, f. 178 vo
© Bibliothèque nationale de France
A côté d'ouvrages exceptionnels, le livre religieux se répand sous des formes plus modestes. Le livre d’heures rassemble les prières et rituels qui rythment les heures de la journée et le calendrier de l’année. Il connaît un succès retentissant au XVe siècle, tant auprès des nobles que des bourgeois urbains.
On fabrique des livres d’heures en série, à partir de modèles que l’on peut ensuite personnaliser selon ses moyens. Généralement, quand on ne possède qu’un seul livre, c’est celui-là, un livre dans lequel on peut apprendre à lire en récitant ses prières. Ce livre de dévotion personnelle est très prisé des dames dont il rythme les journées, les invitant à la prière et à la méditation, sur la passion du Christ ou la vie des saints.
Ce feuillet est extrait du livre d’heures du duc de Bourgogne, Jean sans peur, le père de Philippe le Bon. Le livre est ouvert sur la représentation de saint Christophe. Selon la tradition, popularisée par la Légende dorée, ce géant, converti à la foi chrétienne par un ermite, s’était découvert une vocation de passeur et aidait les voyageurs à traverser une rivière crainte pour ses flots impétueux. Un jour, il répondit à l’appel d’un enfant qui lui demandait d’effectuer la traversée sur ses épaules, mais le fleuve se mit à gonfler et l’enfant à peser de plus en plus lourd, au point que le géant, croulant sous le fardeau, parvint difficilement à l’autre rive. Arrivé à bon port, le singulier voyageur révéla son identité : c’était le Christ lui-même qui venait d’éprouver son serviteur. L’enlumineur a ponctué ce récit de détails anecdotiques : l’ermite, dans le coin supérieur droit, donne de la lumière au géant, à l’aide d’une lanterne, tandis qu’un homme, sur un bateau amarré à l’autre rive, observe la scène. Sorti de sa tanière creusée dans le roc, un ours de couleur blanche assiste également au spectacle, tandis qu’un hibou perché dans un arbre lui fait face en ignorant totalement les efforts de saint Christophe.
L’une des caractéristiques du livre d’heures parisien est la façon dont les miniatures outrepassent largement leur cadre. Ce manuscrit, pourtant produit en Flandre, garde la trace de ces modèles parisiens : l’excroissance rocheuse et l’ermitage du saint Christophe en sont un exemple éloquent. Une force vitale anime la figure monumentale de Christophe, dans un drapé ample, encore très proche dans son traitement du style gothique international. Mais son visage broussailleux à la chevelure en bataille, ses genoux noueux, son bras droit enveloppé dans une manche tordue sur elle-même, tous ces éléments sont modelés avec une grande puissance, qui confère au personnage une étonnante présence physique. En bon peintre, le maître anonyme profite de toutes les surfaces pour animer sa composition. Les flots sont striés de ridules bleues évoquant la force du courant ; le ciel pointilliste, moucheté d’un glacis rose, fait écho au vêtement du géant et confère à la scène une ambiance de fin des temps. De légères touches rouges, dans le bâton de Christophe et le chaperon du marin, enflamment discrètement l’harmonie subtile des roses et des bleus, couleurs qui dominent dans une décoration marginale qui reste très sobre.
Le miniaturiste dépend encore largement de modèles et de formules stylistiques en usage chez les enlumineurs actifs à Bruges au début du XVe siècle. S’il reste quelques traces d’influence parisienne dans la composition, les éléments de décor et d’ornement, l’utilisation éminemment tactile et sensible du pinceau s’inscrit dans une tradition proprement flamande.
 
 

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