Le traducteur lisant le texte latin dans la bibliothèque d’un gentilhomme
Roman de Jean d’Avesnes
Le Maître du Girart de Roussillon, enlumineur, Lille et/ou Bruxelles (?), années 1460 (certainement avant 1473).
Parchemin, 193 f., 298 × 235 mm, 3 miniatures à mi-page
Paris, Bibliothèque nationale de France, Ars., ms. 5208, f. 1
© Bibliothèque nationale de France
Voilà à quoi ressemblait la bibliothèque d’un gentilhomme à la fin du Moyen Âge. Celle-ci est importante, avec une quarantaine de volumes, car à l’époque ceux qui savaient lire possédaient rarement plus de quelques livres. C’étaient alors des objets de luxe, extrêmement coûteux. On remarque que les livres sont rangés à plat sur les étagères et non serrés debout comme aujourd’hui. Cinq cabochons en métal, aux quatre coins et au centre, protègent les reliures des ouvrages. Les plus modestes, sans ces ferrures, peuvent être empilés. La plupart sont scellés par des fermoirs.
La bibliothèque, que l’on appelle à l’époque « librairie », est dominée par une grande cheminée devant laquelle est disposée une banquette au dossier amovible, dotée d’un coussin damassé d’or. Elle fait face à un coffre en bois, sur lequel le copiste consulte des ouvrages. Des étagères courent sur le mur et sous la fenêtre où l’on distingue des casiers de rangement.

Cette peinture en grisaille rehaussée d’or illustre le prologue où l’auteur, selon un artifice littéraire courant au Moyen Âge allègue une source imaginaire. Il prétend avoir consulté plusieurs ouvrages dans la bibliothèque d’un gentilhomme avant d’y trouver l’ouvrage qu’il affirme traduire. Car écrire au Moyen Age c’est avant tout s’inscrire dans une tradition faite de traductions, d’emprunts, de compilations, ce qui confère au texte une légitimité. Mais en l’occurrence ceci n’est qu’une fiction à laquelle le miniaturiste donne corps en représentant le noble ouvrant sa bibliothèque, en compagnie de son chien. L’auteur du roman crée pourtant une oeuvre originale et invente des aventures à Jean d’Avesnes, comte de Hainaut, qui s’est efforcé d’unir l’Artois et le Ponthieu. Une telle ambition annonce les extensions territoriales de Philippe le Bon.
 
 

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