Marguerite d’York en prière devant l’église Sainte-Gudule de Bruxelles
Marguerite d’York exécutant les sept œuvres de miséricorde
Benois seront les misericordieux
Le Maître du Girart de Roussillon, enlumineur, Bruxelles (?), vers 1468.
Parchemin, 213 f., 375 × 267 mm, 2 miniatures à mi-page
Bruxelles, KBR, ms. 9296, f. 1
© Bibliothèque royale de Belgique
Comme l’indique le prologue (f. 1 vo-2), Nicolas Finet, chanoine de Cambrai et aumônier de Marguerite d’York, a traduit ce texte ascétique à partir d’un original latin de la chartreuse d’Hérinnes, près d’Enghien, à peu près à l’époque où il a écrit, pour la même commanditaire, un traité intitulé le Dialogue de la duchesse de Bourgogne à Jésus Christ (Londres, BL, ms. Add. 7970) et enluminé dans le même atelier. Dans la première miniature du Benois seront les misericordieux (f. 1), divisée en huit parties, Marguerite d’York, le Christ à ses côtés, accomplit les sept oeuvres de miséricorde : distribuant du pain à des pauvres, offrant à boire à un pèlerin, vêtant un homme nu, offrant l’hospitalité, parlant à des prisonniers, visitant un malade et assistant à un enterrement. Dans le compartiment inférieur le plus à droite, elle s’agenouille à un prie-dieu décoré de ses armoiries. Les différentes scènes sont délimitées par de fines baguettes dorées, aux intersections desquelles figurent les armes de Bourgogne ainsi que les initiales C et M, pour Charles le Téméraire et son épouse. Ces initiales situent la réalisation du livre entre le mariage de Marguerite avec le duc, en juillet 1468, et la mort de Charles dans les plaines de Nancy, en janvier 1477. Comme l’a démontré de façon convaincante Scot McKendrick, le fait que Marguerite soit évoquée dans le prologue en tant que soeur du roi Édouard VI d’Angleterre et femme de Charles le Téméraire, plutôt que comme duchesse de Bourgogne, suggère que la réalisation du codex suit de peu leur mariage
Au folio 17, Marguerite d’York est une nouvelle fois représentée en prière devant un livre ouvert posé sur un prie-dieu . Émergeant d’un dragon, derrière Marguerite, se trouve sa sainte patronne et homonyme. Les deux femmes sont séparées du paysage environnant par un double muret. Les quatre Pères de l’Église complètent la scène : saint Grégoire au premier plan, coiffé de la tiare papale, saint Jérôme accompagné du lion, saint Augustin portant le coeur perforé trois fois et enfin saint Ambroise et sa ruche. Les quatre saints désignent une église, que les chercheurs ont rapidement identifiée comme la collégiale Sainte-Gudule, à Bruxelles. Commencée par son extrémité orientale en 1226, la nef date du xve siècle. Les étages supérieurs ont été édifiés vers 1475, époque à laquelle les fenêtres extérieures des chapelles latérales ont été coiffées de pignons triangulaires percés de grands trèfles. En 1480, seules les parties supérieures de la tour nord restaient inachevées. Dans la miniature, la tour sud semble plus haute que la tour nord, les pignons des nefs latérales sont absents et la partie supérieure des arcs-boutants en claire-voie manque toujours. On peut en déduire que l’église représentée, évocation symbolique peut-être de la Jérusalem Céleste, remonte à la fin des années 1460 ou au début des années 1470. L’autre église, placée sur la gauche, serait Notre-Dame du Sablon et le paysage urbain sur la droite pourrait être la ville de Bruxelles avec, au centre, la tour de l’Hôtel de Ville, mais l’image n’est pas assez détaillée pour que ces identifications soient certaines. Il peut n’y avoir là que des allusions imagées aux cités céleste et terrestre de saint Augustin. L’exécution picturale homogène des deux miniatures laisse en tout cas peu de doute sur leur attribution à l’atelier responsable des Livres du roy Modus et de la royne Ratio (Bruxelles, KBR, ms. 10218-19) et du Ci nous dit (Bruxelles, KBR, ms. 9017). La description de Marguerite d’York dans le prologue et l’état de l’église Sainte-Gudule de Bruxelles invitent à dater le manuscrit des environs de 1468.
 
 

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