Marguerite d’York exécutant les sept œuvres de miséricorde
Marguerite d’York en prière devant l’église Sainte-Gudule de Bruxelles
Benois seront les misericordieux
Le Maître du Girart de Roussillon, enlumineur, Bruxelles (?), vers 1468.
Parchemin, 213 f., 375 × 267 mm, 2 miniatures à mi-page
Bruxelles, KBR, ms. 9296, f. 17
© Bibliothèque royale de Belgique
Alors que les ducs commandent des chroniques, des récits, des épopées en rapport avec leurs contrées, leurs épouses s'intéressent davantage aux ouvrages de piété. Cet ouvrage témoigne du goût de la duchesse de Bourgogne. Elle aussi est bibliophile mais ses commandes sont plus orientées et moins massives ; elles n’en sont pas moins luxueuses.

Voici Marguerite d’York, soeur du roi Édouard IV d’Angleterre, épouse du duc de Bourgogne Charles le Téméraire. Elle est représentée en prière devant un livre ouvert posé sur un prie-dieu. Derrière elle, se trouve sa sainte patronne, Marguerite d'Antioche, une vierge martyre chrétienne du IVe siècle qui, selon la Légende Dorée, fut avalée par un monstre dont elle s'extirpa en lui déchirant les entrailles avec sa croix. Elle l'aurait ainsi piétiné et vaincu. C'est pourquoi on la représente ainsi « se issant du dragon ».

Les deux femmes sont séparées du paysage alentour par un double muret. Les quatre Pères de l’Église complètent la scène : saint Grégoire au premier plan, coiffé de la tiare papale, saint Jérôme accompagné du lion, saint Augustin portant le coeur perforé trois fois et enfin saint Ambroise et sa ruche. Les quatre saints désignent une église : la collégiale Sainte-Gudule, à Bruxelles, l’actuelle cathédrale. L’édifice était visible des fenêtres du palais ducal. Il s’agit d’un « portrait d’architecture » comme les primitifs flamands s’y essayaient parfois. Elle n’en est pas moins la métaphore de l’Eglise en tant qu’institution. Commencée par son extrémité orientale en 1226, la nef date du XVe siècle. Les étages supérieurs ont été édifiés vers 1475, époque à laquelle les fenêtres extérieures des chapelles latérales ont été coiffées de pignons triangulaires percés de grands trèfles. Dans la miniature, les pignons des chapelles latérales sont absents et la partie supérieure des arcs-boutants en claire-voie manque toujours. On peut en déduire que la collégiale est ici représentée à la fin des années 1460 ou au début des années 1470.

L’autre église, placée sur la gauche, serait Notre-Dame du Sablon, et le paysage urbain sur la droite pourrait être la ville de Bruxelles avec, au centre, la tour de l’Hôtel de Ville. On voit dans ces deux représentations qui se répondent une allusion aux cités céleste et terrestre de saint Augustin.
 
 

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