Un chasseur dissimulé dans un arbre observe trois cerfs
Chasse au loup
Combat des vices
Henri de Ferrières, Les Livres du roy Modus et de la royne Ratio
Le Maître du Girart de Roussillon, enlumineur, Bruxelles, vers 1430 et vers 1450.
Parchemin, 184 f., 298 × 208 mm, 73 miniatures
Bruxelles, KBR, ms. 10218-19, f. 163
© Bibliothèque royale de Belgique
Comme le prouvent le briquet de Bourgogne sur la manche d’un chasseur épiant un cerf au folio 6 vo et les armoiries de Philippe le Bon cernées du collier de la Toison d’or, sommées d’un casque et flanquées de briquets de Bourgogne et des lettres EE entrelacées au folio 177, cet exemplaire des Livres du roy Modus et de la royne Ratio d’Henri de Ferrières a été exécuté pour le duc, qu’une scène de dédicace, au folio 3 vo, représente entouré de ses courtisans. On connaît, dans la sphère bourguignonne, une autre copie de ce texte, probablement exécutée pour Jean sans Peur puisque son emblème, la feuille de houblon, orne les manches des chasseurs (Vienne, ÖNB, ms. 2573). Ce manuscrit a peut-être servi de modèle à l’exemplaire de Bruxelles.
La miniature du folio 6 vo, la seule du volume à présenter une bordure florale, se démarque de l’ensemble. La physionomie du chasseur épiant les cerfs et les plis tubulaires de son manteau sont caractéristiques des Maîtres de Guillebert de Mets, à qui l’on doit le décor du Décaméron de Boccace conservé à Paris (BNF, Ars., ms. 5070). Le cours d’eau qui coupe en diagonale la composition du manuscrit de Bruxelles et le décor architectural bicolore qu’on aperçoit dans le lointain sont autant de dispositions privilégiées aussi par ces maîtres. Le Décaméron de l’Arsenal a très probablement été réalisé à partir d’un modèle acquis par Jean sans Peur aux environs de 1410 (Vatican, BAV, ms. Pal. lat. 1989). Comme pour le manuscrit de l’Arsenal, commencé sur ordre de Philippe le Bon par un des Maîtres de Guillebert de Mets vers 1430 et terminé seulement dix ou vingt ans plus tard par un ou plusieurs autres enlumineurs, doit-on penser que l’exemplaire du Roy Modus de Philippe le Bon a été exécuté en plusieurs phases ?
L’hypothèse contraire, qui présente ce codex comme le résultat d’une seule campagne menée vers 1450, semble confirmée par un document d’archives de 1454-1455, qui mentionne un paiement de « 100 sous 10 deniers tournois donnés à Jacobin le Wautier, clerc des offices de l’hotel, et a un ecrivain nommé Jean de Nozières pour l’achat de parchemin et l’escripture d’un livre appelé l’Ystoire de Girard de Rossillon et aussi pour l’escripture en lettres bastardes d’un autre livre appelé Modus et Ratio ». Pourtant, au folio 12 vo du Girart de Roussillon de Vienne, le siège de Lassois par les Vandales avait déjà été copié dans une Histoire de Troie exécutée à Mons en 1453 (Bruxelles, KBR, ms. 9264 f. 1). L’Ystoire de Girart de Roussillon citée dans le document d’archives se réfère donc très probablement à un autre manuscrit. D’autre part, si le Modus et Ratio évoqué dans ce même paiement fait référence au Roy Modus de Bruxelles, l’artiste travaillant dans le style des Maîtres de Guillebert de Mets serait actif dans les années 1450. Une assimilation du manuscrit 10218-19 de Bruxelles avec celui du Roy Modus cité dans les archives ducales devient d’autant plus crédible que l’on peut reconnaître la tour qui apparaît au folio 22 comme celle de l’Hôtel de Ville de Bruxelles, achevée entre 1449 et 1455 par Jan Van Ruysbroeck. Quel que soit le moment où la miniature du folio 6 vo a été réalisée, l’artiste qui en est responsable n’est intervenu nulle part ailleurs dans le codex, les troncs noueux et les feuilles très caractéristiques des arbres ne se retrouvant dans aucune autre miniature. En 1959, Léon Delaissé attribuait l’illustration du manuscrit à Dreux Jehan, peut-être aidé par le Maître du Guillebert de Lannoy. Otto Pächt, Ulrike Jenni et Dagmar Thoss, quant à eux, voyaient dans ces miniatures l’oeuvre du Maître du Girart de Roussillon, responsable des Chroniques de Jérusalem abrégées (Vienne, ÖNB, ms. 2533). La technique picturale et les architectures patinées du Roy Modus de Bruxelles rappellent définitivement ce maître, même si l’exécution paraît plus routinière, les regards des personnages moins expressifs que dans l’Instruction d’un jeune prince (Bruxelles, KBR, ms. 10976). Par conséquent, il nous semble qu’on peut attribuer toutes les miniatures du Roy Modus de Bruxelles à l’atelier du Maître du Girart de Roussillon (ill. 127 et 129), à l’exception de celle du folio 6 vo.
 
 

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