Présentation de l’ouvrage à Philippe le Bon
Juan Rodríguez de la Cámara, Le Triomphe des dames, traduit de l’espagnol par Fernand de Lucène
Le Maître de Johannes Gielemans, enlumineur, Bruxelles, 1460.
Parchemin, 66 + I f., environ 278 × 184 mm, 1 miniature à mi-page
Bruxelles, KBR, ms. 10778
© Bibliothèque royale de Belgique
Ce texte didactique louant la supériorité des femmes est la traduction en français d’un texte espagnol, le Triunfo de las doñas, oeuvre de Rodríguez de la Cámara. Elle fut exécutée en 1460 et présentée à Philippe le Bon à l’initiative de Vasco de Quemadeo de Villalobos, un courtisan portugais, écuyer d’écurie du duc Philippe, qui s’était adressé pour la traduction à un compatriote, Fernand de Lucène, installé comme lui à la cour bourguignonne. Des oeuvres comparables, valorisant la femme, étaient en vogue dans les milieux aristocratiques à la fin du Moyen Âge : le De mulieribus claris de Boccace, dont on connaissait la traduction en français, et Le Champion des dames de Martin Le Franc, par exemple, faisaient partie de la librairie du duc. Mais cette traduction-ci dénote l’influence d’Isabelle de Portugal, l’épouse du duc, à qui Vasco de Quemadeo de Villalobos, commanditaire de l’oeuvre, et Fernand de Lucène, son traducteur, devaient leur présence à la cour.
Une seconde copie du même texte, mais sans illustration, a peut-être été destinée à la duchesse elle-même (Bruxelles, KBR, ms. 2027) : une lettre qui ne figure pas dans l’exemplaire du duc y est incluse, dans laquelle l’auteur dénonce les « erreurs » d’un groupe fréquentant la cour, des voyous surnommés « compaignons du cabaret », qui passent leur temps à manger et boire en ignorant les vertus des femmes.
L’exemplaire exécuté pour le duc ne contient qu’une miniature à mi-page, qui illustre la remise du traité au prince en présence d’un groupe de courtisans. Le duc porte le collier de la Toison d’or et son emblème, le briquet de Bourgogne, se trouve sur le haut du drap d’honneur tendu derrière les spectateurs. Au folio 13, une initiale débordant sur les marges trahit le style d’un artiste différent ; le décor de ce folio, quoiqu’on l’ait parfois attribué à Liévin Van Lathem, est plus probablement l’oeuvre d’un anonyme bruxellois. David Aubert, un des principaux copistes employés par le duc et d’autres courtisans, est responsable de la copie de l’oeuvre.
 
 

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