Siège de la tour du château d’Aigremoire ; défi de Charlemagne à Balaan par Ganelon ; mort de Bruillant de Montmire
scène de marché et présentation du manuscrit à Philippe le Bon
Présentation de l’ouvrage à Philippe le Bon
David Aubert, Conquestes et croniques de Charlemaine
Jean Le Tavernier, enlumineur, Audenarde, vers 1458-1460.
Parchemin, 456 f., 422 × 295 mm, 37 miniatures à mi-page, 5 miniatures de petit format
Provenance : Jean V de Créquy ; Philippe le Bon
Bruxelles, KBR, ms. 9066, f. 11
© Bibliothèque royale de Belgique
Le mécénat des ducs de Bourgogne contribue fortement au rayonnement du livre dans un contexte économique florissant qui donne un nouvel élan à la production artistique. Cette miniature évoque à la fois l’animation marchande des cités et la solennité de la cour.

Le frontispice des Chroniques de Charlemagne est une pleine page. Le décor est celui d’un palais fait de trois corps de bâtiments inégaux disposés autour d’une cour close d’un mur. La tour d’entrée portant les armes ducales et les créneaux, symboliques plus que défensifs, affirment la présence du souverain dans la ville. L’image est divisée en trois registres horizontaux superposés, correspondant à autant de plans. Les cloisonnements architecturaux renvoient à des distinctions sociales. Sur le pavé de la rue, gens du peuple et gentilshommes se côtoient. Les premiers commercent, les seconds déambulent et conversent. Un joaillier se tient sous la tour, lieu de passage d’une clientèle privilégiée, mais la population urbaine et laborieuse n’a pas accès au périmètre de la cour. Des nobles oisifs s’y distraient d’un faucon. Leur importance, cependant, n’est pas telle qu’ils puissent porter le collier de la Toison d’or et assister à la remise du livre dans la partie supérieur de l'image.

Les Chroniques et conquêtes de Charlemagne furent compilées et copiées par David Aubert, un clerc actif au service de Philippe le Bon. L’ouvrage passa ensuite entre les mains de Jean Le Tavernier pour être illustré de 104 grisailles. Mais c’est un autre acteur, Jean de Créquy (1429-1473), conseiller chambellan, chevalier de la Toison d’or et bibliophile lui-même, qui est l’initiateur du projet. C’est donc lui qui est figuré faisant don de l’oeuvre à Philippe le Bon dans la partie supérieure de l’image. L’homme, genou en terre, est vêtu d’un pourpoint court identique à celui de son souverain et porte le collier de la Toison d’or réservé à l’élite de la noblesse bourguignonne. En ce cas, l’hommage du livre est un signe d’allégeance relevant de la logique féodale. Mais l’image signifie plus encore. Sous son cachet pittoresque, elle divulgue une leçon politique.
Auprès de Philippe le Bon, seul le dignitaire en robe longue, légiste de haut rang, n’appartenant pas à la noblesse d’épée, est logiquement privé de la Toison d’or. C’est devant cette assemblée choisie que Jean de Créquy fait don de l’ouvrage consacré à un autre souverain exemplaire.
Jean Le Tavernier réutilise l’image traditionnelle du conseil représenté par Roger van der Weyden en 1446 dans le frontispice des Chroniques de Hainaut. Il la simplifie plastiquement pour la loger dans une « maison de poupée », mais il en étend le sens. Ce n’est plus seulement le conseil qui est représenté ; c’est son action bénéfique sur le corps entier de la société. Le bon gouvernement du prince est signifié dans cette image où l’ordre social est respecté et la prospérité marchande assurée à l’ombre du palais.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu