Présentation de l’ouvrage à Philippe le Bon
Marsille de Saragosse et Ganelon complotant leur trahison
scène de marché et présentation du manuscrit à Philippe le Bon
Siège de la tour du château d’Aigremoire ; défi de Charlemagne à Balaan par Ganelon ; mort de Bruillant de Montmire
David Aubert, Conquestes et croniques de Charlemaine
Jean Le Tavernier, enlumineur, Audenarde, 1458-1460.
Parchemin, 280 f., 422 × 295 mm, 25 miniatures à mi-page, 8 petites miniatures
Provenance : Philippe le Bon
Bruxelles, KBR, ms. 9067, f. 93
© Bibliothèque royale de Belgique
En 1458, Philippe le Bon commanda à Jean Le Tavernier l’exécution de miniatures destinées à la première et à la seconde partie des Conquestes et croniques de Charlemaine. Le texte, compilé par David Aubert, répondait à l’idéal chevaleresque valorisé à la cour ducale.
Le coût de l’illustration des deux parties (Bruxelles, KBR mss 9066, 9067 et 9068) est connu, le paiement de plus de cent miniatures à Jean Le Tavernier étant consigné dans une ordonnance datée du 29 mars 1460. On y donnait ordre au « secrétaire et garde de notre Espargne » de rembourser à l’artiste les sommes déboursées ou à payer pour l’exécution de quelques histoires « de blanc et de noir », commandées pour le premier volume des Conquestes et croniques de Charlemaine, déjà présenté au duc, et pour celles du second, 50 écus (Lille, ADN, chambre des Comptes, B 2037, mandement de Philippe le Bon, no 62614). L’ensemble des enluminures allait être achevé en moins de deux ans. Quelques différences stylistiques minimes remarquables dans le second volume permettent de supposer la collaboration d’un collègue.
Comme pour le premier volume des Conquestes et croniques, Jean Le Tavernier a sélectionné pour ses peintures des matières particulièrement rares. L’élément de base, déjà employé dans le premier volume, est le noir de carbone, étalé en couches extrêmement fines sur le parchemin, sur lequel il dessine ensuite ses personnages à l’encre ferrogallique. Cette encre présente de fortes ressemblances avec l’encre utilisée par le copiste du manuscrit, David Aubert, ce qui confère à l’ensemble une très grande unité entre le texte et les images. Des analyses techniques ont montré récemment que cette encre, outre du fer et du cuivre, contenait aussi du zinc, un composant particulièrement rare dans l’encre ferrogallique qui se retrouve également dans des copies de Jean Wauquelin, au service lui aussi de la cour de Bourgogne et scribe renommé des Chroniques de Hainaut (Bruxelles, KBR, ms. 9242). Cette substance contenant du zinc (vitriolum goslariensis), communément fabriquée dans les environs de Goslar, pouvait être livrée aux scriptoria et mélangée à leurs encres. Pour obtenir un effet de semi-grisaille, Jean Le Tavernier ajoute trois composantes à sa palette : l’or, le vermillon (minéral) et un rouge organique (cochenille, garance ?). Inconnue dans le premier volume des Conquestes, l’utilisation d’or à la coquille se constate dans le second. Le travail délicat du métal apparaît dans le rendu des joyaux, des tentures à motifs héraldiques, des pinacles et de l’équipement des cavaliers et de leurs montures. Quelques détails remarquables complètent les présentations en semi-grisaille : le vermillon et le rouge organique mélangé au blanc de plomb pour rendre l’incarnat. Textiles et escaliers du palais sont rehaussés d’ombres d’un rouge mat, lui aussi d’origine organique. Jean Le Tavernier utilise une palette bien plus sobre que celles de ses contemporains qui, comme Willem Vrelant et son atelier, exécutent aussi des semi-grisailles mais qui, eux, ajoutent occasionnellement au gris-blanc des traits bleus, violets ou bruns. Pour ses miniatures, Jean Le Tavernier n’utilise jamais qu’une couleur forte et toujours en dehors des scènes : un encadrement d’azurite (couleur minérale contenant du cuivre) et la feuille d’or appliquée sur gesso en complément.
Au début du xixe siècle, le second volume des Conquestes et croniques, très volumineux – au total cinq cent soixante dix- sept folios – a été scindé en deux parties (Bruxelles, KBR, ms. 9067 et 9068). À cette époque, les manuscrits se trouvaient à la Bibliothèque nationale de Paris. La reliure originale en cuir blanc, oeuvre du relieur gantois Liévin (Livinus, Lyevin) Stuyvaert a été enlevée. Sur le verso du premier folio de garde (collé à l’origine à la reliure primitive), on trouve la mention « Stuuaert Lievin me lya ainsin A Gand » et, d’une autre main, « ou a Bruges ». Stuyvaert, comme Jean Le Tavernier, comptait parmi les artisans souvent sollicités par la cour de Bourgogne.
 
 

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