La Résurrection
L’enfer
Gérard de Vliederhoven,Traité des quatre dernières choses
Jean Le Tavernier, enlumineur, Audenarde, après 1455.
Parchemin, i + 157 f., environ 300 × 220 mm, 5 miniatures à mi-page
Provenance : destinataire inconnu ; Philippe le Bon
Bruxelles, KBR, ms. 11129, f. 90
© Bibliothèque royale de Belgique
L'Enfer est au coeur de la conception chrétienne du péché. C'est le lieu où résonnent les plaintes de l'homme coupable voué au châtiment éternel. L'Enfer se fait plus présent dans les images et les consciences à la fin du Moyen Âge : il rappelle que l'autre monde promet une rétribution – en bien ou en mal – pour les actes accomplis ici-bas.
Mais l'enfer médiéval n'est pas seulement un rouage du système religieux et social. C'est aussi un paysage fantastique où prend corps l'imaginaire des supplices : c'est le domaine des ténèbres et d'un feu qui dévore, grouillant de reptiles répugnants et de monstres maléfiques, où le corps des damnés est soumis à toutes les tortures.
Pendaison, amputation, démembrement, écorchage, ébouillantement… un code des supplices s'est peu à peu mis en place, qui prétend lier crime et châtiment, si bien que chacun pouvait savoir à quoi s’attendre. On comprend pourquoi la représentation des tourments infernaux est alors en vogue, tant dans enluminures que les peintures de Rogier van der Weyden ou Jérôme Bosch. Elle attisait les craintes et les fantasmes. Les voici mis en scène par Jean Le Tavernier, dans un traité de dévotion populaire, consacré au quatre « extrémités dernières », autrement dit la mort, le Jugement dernier, le Paradis et l’Enfer.

La représentation est compartimentée par une structure rocheuse. Il en résulte une mise en scène complexe en plusieurs tableaux disposés dans un vaste paysage peint en vue cavalière, qui détaille les supplices sur plusieurs plans. La lecture de la miniature commence dans le coin supérieur droit, avec l’arrivée, après le Jugement dernier, de troupeaux de damnés, précipités par des diablotins jaune et rouge dans les feux de l’Enfer où se débattent hommes et femmes.
Des créatures diaboliques les accueillent dans les entrailles de ce monde souterrain où d’horribles supplices les attendent : ils sont coupés en morceaux et éventrés, rôtis sur un gril ou remis entre les mains de forgerons infernaux, qui leur martèlent le corps à l’aide de barres de fer rougies, avant de le jeter dans la fournaise. En attendant, des diables attisent les flammes avec des soufflets, pour que les pécheurs subissent les tourments du feu éternel, conformément à l’eschatologie chrétienne. Dans le haut de la miniature, un monstre vert veille sur un chaudron rempli d’un liquide incandescent. De tous côtés jaillissent des fumerolles, tandis que des flammes s’échappent du sol et de rochers gris de forme capricieuse.
La « salutaire mémoire » de cette vision de cauchemar est censée, comme le précise le texte qui la suit, mettre le spectateur en garde et le « préserver de pécher ».
Peintre très doué et polyvalent, Jean Le Tavernier a peint les quatre miniatures du manuscrit, réalisé pour Philippe le Bon dans les années 1450. Les marges sont sans doute l’oeuvre d’un collaborateur. Elles sont ornées de rinceaux de forme sinusoïdale, tracés à l’encre noire, couverts de pilosités à vrillettes au dessin nerveux, qui évoluent entre des fleurettes colorées et stylisées.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu