Leonardo Bruni rédigeant son oeuvre.
Combat du consul Marcus Actilius et de l’animal fabuleux
Leonardo Bruni, Première guerre punique
Willem Vrelant, enlumineur, Bruges, avant 1467.
Parchemin, 160 f., 302 × 194 mm, 31 miniatures
Provenance : Philippe le Bon
Bruxelles, KBR, ms. 10777, f. 58
© Bibliothèque royale de Belgique
Secrétaire pontifical, Leonardo Bruni d’Arezzo (vers 1369-1444) fut nommé en 1427 chancelier d’État à Florence où il rédigea une histoire de la ville (Historia Florentina) sans pouvoir l’achever. Il est l’auteur de divers textes dont le seul qui connut un véritable succès, le De primo bello punico (1405), est inspiré de l’épopée sur les guerres puniques du poète romain Silius Italicus (vers 25-101 après J.-C.). Son but avoué était de pallier la perte de la deuxième décade de Tite-Live relatant les mêmes faits.
En 1445, le texte latin sera traduit en français pour le roi de France Charles VII par Jean Lebègue (1368-1457), greffier de la chambre des Comptes à Paris de 1407 à 1445 au moins. Lebègue faisait partie du cercle de la première génération de lettrés parisiens qui rivalisèrent avec les humanistes italiens au début du xve siècle. Sa bibliothèque était bien fournie, comme l’attestent la trentaine de manuscrits lui ayant appartenu, encore conservés aujourd’hui. C’est d’ailleurs probablement à partir de son propre exemplaire du texte latin de Leonardo Bruni (Paris, BNF, Mss, lat. 5746) que Lebègue réalisa sa traduction. En outre, son intérêt pour les manuscrits décorés l’a amené à mettre au point un programme iconographique pour la traduction française de textes de Salluste (Oxford, BL, ms. D’Orville 141) ainsi qu’à rédiger un recueil de recettes pour la préparation des encres et des couleurs employées par les miniaturistes (Paris, BNF, Mss, lat. 6741).
Peu de manuscrits conservés de la traduction française du texte de Leonardo Bruni citent le nom de Lebègue. Dans le manuscrit bruxellois, la traduction est transmise de manière isolée. Cependant, de nombreux autres manuscrits l’insèrent dans la traduction française de Tite-Live par Pierre Bersuire à la place de la deuxième décade ou dans l’Abrégié et effect des trois decades de Titus Livius d’Henri Romain.
Le manuscrit de Bruxelles (KBR, ms. 10777) ne présente pas de marque d’appartenance, mais il a fait partie de la librairie du duc de Bourgogne Philippe le Bon, comme au moins deux autres exemplaires de ce texte, ainsi que l’indique l’inventaire réalisé peu après la mort du duc en 1467. Deux enlumineurs ont participé à la réalisation des miniatures qui ne sont accompagnées d’aucune décoration marginale : Willem Vrelant (f. 4, 9, 12, 14, 19, 24 vo, 34, 41 vo, 43, 49 vo, 53 vo et 58) et un artiste anonyme qui s’est chargé de scènes situées pour la plupart dans la seconde partie de l’ouvrage. Ce miniaturiste n’a pu être identifié avec certitude, mais son style présente des analogies avec celui d’un autre artiste anonyme, avec lequel Vrelant travailla, notamment dans les volumes d’une Légende dorée partagée entre New York (PML, mss M. 672-675) et Mâcon (BM, ms. 3).
Les miniatures sont réalisées en grisaille. Seuls les ciels bleus, ornés de nuages argentés, maintenant noirs en raison de l’oxydation, et certains détails, peints au moyen d’or, sont colorés. Cette technique mixte se rencontre dans d’autres manuscrits réalisés par Vrelant, par exemple dans la Vie de sainte Catherine (Paris, BNF, Mss, fr. 6449). Au f. 9, Vrelant a représenté l’auteur du texte, Leonardo Bruni, rédigeant son oeuvre. Il est assis sous un petit édicule ouvert, sans véritable réalisme, placé au centre d’un paysage urbain comme l’artiste aime en représenter.
Les miniatures sont numérotées au moyen de chiffres romains placés dans la marge. Ainsi, en face de la scène du f. 9 se trouve la note « ij », la miniature étant la seconde du manuscrit. Cette numérotation se retrouve sans distinction à côté des scènes attribuées aux deux miniaturistes. Elle correspond probablement à une liste séparée qui devait décrire les sujets à illustrer.
 
 

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