Romains condamnés à l’exil
Chroniques de Pise
Le Maître des Chroniques de Pise, enlumineur, Bruges, vers 1470.
Parchemin, III + 144 + II f., environ 440 × 330 mm, 9 miniatures
Provenance : Antoine de Bourgogne (le Grand Bâtard)
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 9041, f. 5 vo
© Bibliothèque nationale de France
Les Chroniques de Pise, relatant l’histoire de Pise depuis son origine jusqu’à la première moitié du xve siècle, ont été composées pour Charles le Téméraire sans connaître de succès hors de la cour de Bourgogne. Probablement calligraphié par David Aubert, le présent exemplaire fut exécuté pour le demi-frère de Charles, Antoine de Bourgogne, dit le Grand Bâtard (1421-1504). Le dernier folio comporte l’ex-libris du bibliophile et sa devise. Ses marques de propriété prolifèrent dans le décor marginal : ses armoiries, sa devise à l’intérieur de phylactères (Nul ne si frote) et la barbacane, son emblème. Le premier feuillet illustré (f. 5 vo) affiche tous ces symboles en plus du collier de la Toison d’or qui entoure le timbre surmontant l’écu. Sur la page en regard – pourtant privée d’illustration – (f. 6) le même type d’encadrement est repris, pour produire en tête du manuscrit une double page au décor emblématique somptueux et dense. Les emblèmes, répétés à l’envi et peints avec un soin extrême, sont littéralement élevés au rang d’ornement. Les initiales armoriées en tête des chapitres participent de cette esthétique ostentatoire très développée dans tous les manuscrits de ce personnage, qui par ailleurs cultive plutôt des goûts littéraires conventionnels.
La première scène représentée se déroule à Rome en plusieurs épisodes (f. 5 vo). Visibles à travers une large ouverture, les sénateurs et les consuls débattent dans une salle gardée par un huissier d’armes. Deux autres gardiens observent paisiblement deux cygnes au pied du mur d’enceinte. La décision des Romains est exécutée à l’extérieur de la ville. Une délégation d’hommes y exhorte la frange de la population condamnée à l’exil pour son oisiveté et sa malfaisance. Les bannis ont embarqué dans plusieurs bateaux emmenant avec eux des animaux indispensables pour coloniser les îles. Les nefs bien remplies où l’on aperçoit l’aigle impérial s’en vont sous la surveillance de deux archers en haut des tours de la cité. Le navire de tête longe une terre où apparaît un moulin à vent haut perché.
Deux autres miniatures à mi-page et six petites ornent le volume. Le cycle d’illustrations est donc réduit par rapport à l’exemplaire ducal réalisé vers 1470, qui comporte vingt et une miniatures de Loyset Liédet (Bruxelles, KBR, ms. 9029). Ici, le Maître des Chroniques de Pise décompose les événements en plusieurs scènes facilement identifiables, proches du texte, et les dispose à l’intérieur de vues panoramiques et plongeantes, quasi cartographiques. Les inscriptions désignent les acteurs et aident à suivre le récit qui mélange épisodes réels et mythiques. Ses personnages sont d’échelle variable, sans monumentalité, et les combattants toujours à pied. Aux individus, l’artiste privilégie la masse et les groupes, c’est-à-dire l’histoire collective ; rien de surprenant pour ce texte évoquant des situations et des personnages tout à fait étrangers à la cour de Bourgogne.
Le manuscrit a fait partie de la bibliothèque de Marguerite d’Autriche, puis il est rentré en possession du petit-fils du Grand Bâtard, Adolphe de Bourgogne († 1540), seigneur de Bevres (Beveren). Il figurait dans l’inventaire des manuscrits de Marie de Hongrie en 1556 avant d’intégrer la Bibliothèque de Bourgogne en 1559. Saisi en 1748 par le comte d’Argenson, il est restitué en 1770, puis à nouveau saisi par les Français en 1794.
 
 

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