Combat symbolique entre les différents états de la société
Honoré Bovet, Arbre des batailles
Loyset Liédet, enlumineur, Pays-Bas méridionaux, 1461 (texte) – Hesdin, avant 1467 (illustration).
Parchemin, 164 f., 415 × 295 mm, 2 miniatures
Provenance : Philippe le Bon
Bruxelles, KBR, ms. 9079, f. 10 vo
© Bibliothèque royale de Belgique
Honoré Bovet, ou Bouvet (vers 1345/1350-vers 1410), était le prieur de Salon-de-Provence. Il étudia à l’université d’Avignon jusqu’en 1386 où il reçut le titre de docteur en décret. Il écrivit l’Omnium super materia scismatis et l’Apparition maistre Jean de Meun, un véritable programme de réforme du royaume sous la forme d’un songe. C’est cependant son Arbre des batailles, composé de 1386 à 1389 et dédié au roi de France Charles VI, qui connut un très grand succès, comme le prouve le nombre élevé de manuscrits conservés.
Bovet fut un des premiers juristes à aborder le droit de la guerre dans l’Arbre des batailles. Cette oeuvre se présente comme une vaste réflexion organisée en quatre parties, les deux dernières étant consacrées aux implications légales des conflits armés. Bovet y soulève des cas juridiques liés aux pratiques guerrières et aux duels. L’usage des étendards et des armoiries est également envisagé, de même que la valeur morale des émaux héraldiques.
Le manuscrit conservé à Bruxelles (KBR, ms. 9079) fut transcrit en 1461 par David Aubert pour Philippe le Bon, comme l’indique le colophon au f. 163 vo. De plus, les armoiries de Bourgogne ornent la marge inférieure du premier feuillet à miniature. Le volume apparaît pour la première fois dans l’inventaire de la librairie ducale de 1467-1469. Le duc possédait deux volumes de ce texte dans sa librairie.
L’illustration, composée de deux miniatures seulement, fut réalisée entre 1461, date de la transcription du volume, et 1467, date de la mort du duc. Fortement abîmé par l’humidité, le f. 10 vo n’a pourtant pas perdu de sa qualité. Il présente de façon littérale le titre de l’ouvrage. Dans les branches d’un arbre peint sur toute la largeur de l’image, divers personnages sont en train de se battre. Les combats sont ici élargis à l’ensemble de la société, tous les rangs se querellant entre eux avec les instruments qui leur sont propres : paysans, bourgeois, soldats, chevaliers, rois, clercs, évêques et même femmes. Tous sont évoqués selon leur rang, les paysans, les femmes et les simples soldats dans le bas de la ramure et les rois au faîte. L’arbre est ainsi conçu comme un moyen de hiérarchiser la société tout en montrant que les différents états peuvent tous entrer en conflit, perturbant la paix non seulement politique mais également sociale. Dans la partie supérieure apparaît Dieu le Père entouré d’anges. Deux anges déchus se transformant en démons sont repoussés de ce groupe central. L’idée générale de cette iconographie est que Dieu seul peut remédier aux désordres humains engendrés par la violence.
La miniature du f. 10 vo est une des miniatures les plus connues réalisées par Loyset Liédet. On y retrouve le type physique caractéristique utilisé par cet artiste. Les visages y sont peu individualisés et peu expressifs. Cependant, l’expression psychologique des personnages se marque essentiellement par leurs gestes vifs et nerveux. La seule autre miniature du volume (f. 9), représentant Honoré Bovet offrant son oeuvre au roi de France Charles VI, semble de moindre qualité que la représentation de l’arbre. En revanche, la décoration marginale du frontispice est de meilleure qualité que celle du f. 10 vo qui pourrait avoir été réalisée à une date ultérieure.
 
 

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