La bataille d’Auray.
Jean Froissart, Chroniques
Loyset Liédet, enlumineur, Bruges, vers 1475.
Parchemin, 433 f., 428-433 × 318-324 mm, 48 miniatures (Mss, fr. 2643) • Parchemin, 356 f., 433-435 × 317-319 mm, 13 miniatures (Mss, fr. 2644)
Provenance : Louis de Gruuthuse
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 2643, f. 292
© Bibliothèque nationale de France
Ces deux codices font partie d’un ensemble de quatre volumes des Chroniques de Jean Froissart (Paris, BNF, Mss, fr. 2643- 2646) réalisé pour Louis de Gruuthuse, dont les marques de propriété apparaissent en abondance dans les marges : son emblème la bombarde, sa devise plus est en vous parfois grattée et les initiales L et M retenues par un lacs pour Louis et Marguerite, son épouse. Bien que recouvertes par celles du roi Louis XII, qui entra à une époque indéterminée en possession de sa librairie, les armoiries de ce seigneur apparaissent par transparence dans les écus ou dans les oriflammes, à l’exception d’un écu de petite taille tenu par un singe assis au f. 292 du premier volume (Paris, BNF, Mss, fr. 2643).
Les miniatures des deux premiers volumes furent réalisées par Loyset Liédet et ses collaborateurs. Il y développe son style narratif très particulier. Ainsi, au f. 292 du premier volume, illustrant la bataille d’Auray, dernière bataille de la guerre de succession de Bretagne dans le contexte plus large de la guerre de Cent Ans, on voit une troupe de soldats engagés dans un combat tandis que trois armées, représentées par des groupes compacts de casques derrière quelques chevaliers en pied, occupent presque tout l’espace d’un paysage profond à la ligne d’horizon haute et aux rochers quelque peu stéréotypés.
Les deux derniers volumes du Froissart de Louis de Gruuthuse (Paris, BNF, Mss, fr. 2645-2646) ont été confiés à trois autres artistes brugeois : le Maître d’Antoine de Bourgogne, le Maître du Livre de prières de Dresde et le Maître de Marguerite d’York, qui ont pu travailler dans le même atelier. Le fait que Liédet ait assumé la réalisation de plus de soixante miniatures, alors que les trois autres enlumineurs ne s’en répartissent qu’une petite cinquantaine, atteste de la faculté de Liédet à s’adapter à des travaux de grande ampleur, nécessitant une force de travail et une rapidité d’exécution considérable. La datation généralement admise de ces miniatures se situe autour de 1470-1475. Mais le travail intensif qu’a fourni Liédet pour le duc de Bourgogne au début de cette période (soit au moins jusqu’en 1472) semble devoir repousser leur réalisation vers la fin de ces années.
Les décorations marginales des deux premiers volumes ont été réalisées sous la supervision de Liédet qui prend en charge les personnages et les animaux. D’après Ilona Hans-Collas et Pascal Schandel, les décorations végétales des miniatures à mipage du premier volume (Paris, BNF, Mss, fr. 2643), ainsi que la totalité des encadrements du troisième volume (Paris, BNF, Mss, fr. 2645), seraient l’oeuvre d’un artiste qui a travaillé dans plusieurs manuscrits réalisés pour Louis de Gruuthuse, illustrés par le Maître de Marguerite d’York, tels une Cité de Dieu de saint Augustin (Paris, BNF, Mss, fr. 17), un exemplaire de la première décade de Tite-Live traduite en français par Pierre Bersuire (Paris, BNF, Mss, fr. 34), une Vie de saint Hubert d’Hubert le Prévost (Paris, BNF, Mss, fr. 424) ou encore, un exemplaire contenant la Cité des dames et le Livre des trois vertus de Christine de Pizan (Paris, BNF, Mss, fr. 1177). Cette collaboration avec un artiste actif dans l’atelier du Maître de Marguerite d’York montre que la division du travail est moins nette qu’il n’y paraît. Liédet a en effet pu sous-traiter le travail à cet artiste anonyme parce qu’il lui avait été recommandé par ses collaborateurs ordinaires.
 
 

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