Chute des anges rebelles.
Jacques Legrand, Livre de bonnes moeurs
Le Maître d’Antoine de Bourgogne, enlumineur.
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, Smith-Lesouëf 73, f. 1 vo
© Bibliothèque nationale de France
Cette miniature représente dans une grande composition savamment agencée la chute des anges rebelles et met en garde contre le péché d’orgueil. Entouré de nuées d’anges, Dieu le Père trône au centre de la miniature dans un halo rougeoyant, le globe dans la main gauche, la main droite levée en signe de bénédiction, tandis que l’archange Michel chasse de sa croix, hors des sphères célestes, les anges déchus. Dépeints sous une apparence démoniaque, ceux-ci tombent à la renverse vers la fournaise. L’univers flamboyant des Cieux et les tuniques bleu clair des anges, signe de leur pureté, contrastent visuellement avec les lueurs sinistres de l’Enfer et la noirceur des corps des anges déchus, conférant une tonalité dramatique à l’ensemble de la composition. La palette à la fois subtile et originale, où des dégradés et des tons pâles avoisinent avec d’autres teintes sombres ou criardes et où les plissés sont suggérés par de fines hachures dorées, est mise au service de ces effets visuels. La vérité des physionomies, la suggestion de la lumière, le rendu des matières, sont ici poussés à un rare point de perfection et donnent une force symbolique à cette vision infernale.

Par-delà son sujet, très en vogue à la fin du Moyen Âge, cette miniature révèle une vision puissante et personnelle chez le peintre, créateur d’un monde fantastique aux règles propres, qui annonce les visions terrifiantes et hallucinantes de Jérôme Bosch. Cette miniature et le texte qui l’accompagne sont insérés dans un encadrement orné de rinceaux où figurent les armes du commanditaire, Antoine de Bourgogne, son emblème (la barbacane) et des phylactères à sa devise (Nul ne sy frotte).

Le volume où figure cette miniature réunit deux traités moraux à grand succès : le Livre des Bonnes mœurs du théologien Jacques Le Grand, et les Dits moraux des philosophes de Guillaume de Tignonville. La nature des deux ouvrages a déterminé le cycle iconographique réalisé par un artiste connu sous le nom de Maître d’Antoine de Bourgogne.
 
 

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