Le bal des Ardents.
Jean Froissart, Chroniques
Le Maître d’Antoine de Bourgogne, enlumineur, Bruges, vers 1470-1475.
Parchemin, II + 341 + III f., environ 435 × 328 mm, 27 miniatures et une initiale historiée
Provenance : Louis de Gruuthuse
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 2646, f. 176
© Bibliothèque nationale de France
Le quatrième livre des Chroniques de Froissart couvre les années 1389-1399. Il rapporte les épisodes les plus frappants du règne de Charles VI, qui correspondent à l’affaiblissement de sa personne et de son royaume. Il évoque, notamment, la crise de folie meurtrière du roi dans la forêt du Mans contre sa propre escorte en août 1392, le bal des Ardents où il faillit périr en janvier 1393 et les fiançailles de sa fille, pourtant enfant, avec Richard II, roi d’Angleterre, pour donner un héritier au royaume, en novembre 1396. L’historien contemporain des événements, les relate à la manière d’un reporter, s’attachant aux détails concrets, aux hommes et à leurs émotions, ainsi que le montre l’exemple de l’épisode du Bal des ardents.

Ce charivari organisé par Charles VI le 28 janvier 1393 pour les noces d'une demoiselle d'honneur de la reine Isabeau de Bavière, Catherine l'Allemande, tourne à la tragédie. Après une journée ponctuée de fêtes et de banquets, un bal est donné à l'Hôtel Saint-Pol, au cours duquel le roi et quatre autres de ses compagnons décident d'animer la fête en se déguisant en « sauvages ». Ils s'enduisent de poix recouverte de plumes et d'étoupe avant de se lier les uns aux autres au moyen de chaînes, seul le roi n’est pas enchaîné. Un flambeau met malencontreusement le feu aux déguisements transformant les hommes sauvages en torches vivantes. Seul le roi a la vie sauve grâce à la duchesse de Berry qui le couvre de son manteau pour étouffer les flammes. Déjà très fragile mentalement, le monarque sombre définitivement dans la folie après cet épisode.

Cette miniature, ainsi que la plupart de celles illustrant le quatrième livre des Chroniques, sont de la main d’un artiste hors pair, le Maître d’Antoine de Bourgogne, ainsi désigné pour avoir illustré trois manuscrits du fils bâtard de Philippe le Bon. Son génie pictural est de plonger la scène dans la pénombre, d’y multiplier les sources lumineuses, de réverbérer leur faible éclat sur les tentures et d’enfermer les personnages dans un espace confiné, sans ouverture ni porte apparente, avec pour vaine échappatoire une bouche d’ombre.
L’impression visuelle saisit d’emblée avant que l’esprit ne distingue le sujet et la composition. Le cercle formé par l’assistance horrifiée s’entrouvre entre deux figures en repoussoir, deux serviteurs peints en ombre chinoise, pour que le spectateur devienne le témoin privilégié du drame. La vue surplombante ne dissimule aucun des acteurs. Au centre, les seigneurs déguisés en sauvages flambent dans d’atroces contorsions, projetant au sol leurs ombres sinistres. Deux témoins plongent des écuelles dans une cuve d'eau pour en asperger les victimes, d'autres se détournent, d'autres encore assistent impuissants à la scène. Le roi se trouve parmi eux, sauvé par la jeune duchesse de Berry qui le recouvre de son manteau. La reine quant à elle se tord les mains. Les musiciens effarés se penchent à la tribune.
 
 

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