Titan défait par Jupiter.
Raoul Lefèvre, Recueil des histoires de Troie
Le Maître d’Antoine de Bourgogne, enlumineur, Bruges, entre 1464 et 1467.
Parchemin, 188 + II f., environ 398 × 270 mm, 3 grandes miniatures
Provenance : Philippe le Bon ; Charles le Téméraire
Bruxelles, KBR, ms. 9263, f. 7
© Bibliothèque royale de Belgique
Raoul Lefèvre produisit successivement avec l’Histoire de Jason et le Recueil des histoires de Troie deux titres touchant à la mythologie antique. Ils furent dédiés à Philippe le Bon et connurent une large diffusion à la cour de Bourgogne. La seconde des deux oeuvres où Jason réapparaît comme un personnage secondaire, compagnon d’Hercule, connut deux états successifs. L’ouvrage devait être composé de quatre livres selon l’intention que l’auteur afficha dans son prologue. Il en produisit deux en 1464 ; puis un troisième, apocryphe et posthume, fut ajouté quelques années plus tard, en vérité une traduction de l’Historia destructionis Troiae de Guy de Colonne. On ne s’étonnera pas que l’exemplaire ducal soit l’un des rares à présenter la version première (livres 1 et 2). Il figure à l’inventaire de la bibliothèque de Philippe le Bon dressé après sa mort. Deux autres volumes de même provenance conservent séparément le livre 1 (Bruxelles, KBR, ms. 9261) et le livre 2 (Bruxelles, KBR, ms. 9262) ; le second dans un style très voisin de celui-ci. Le nôtre porte les armoiries de Charles le Téméraire, lorsqu’il était encore comte de Charolais. Elles ont été ajoutées dans la bordure du frontispice, grattée pour les recevoir, soit qu’il en fût le premier destinataire, soit qu’il le reçût de son père.
L’illustration du manuscrit comporte trois grandes miniatures, en tête du prologue et des deux livres. La scène de présentation (f. 1) prend place dans un volume géométrique aveugle, cubique et étroit, posé de biais, laissant entrapercevoir, de part et d’autre, la rue et le mur d’un jardin, alors qu’au fond de la pièce une porte ouvre sur un escalier à vis. L’artiste combine la rigueur géométrique à la peinture de détails réalistes, et élève le principe en système : les motifs du carrelage, deux triangles enfermés dans un carré, livrent les règles qui ont présidé à la distribution des personnages. Disposés sur deux diagonales, les membres de l’assistance créent un effet de nombre et de profondeur dans un espace pourtant confiné. Au centre, la remise du livre : la physionomie de l’auteur faisant don de son oeuvre paraît plus précise que celle de Philippe le Bon et laisse presque croire à un portrait. Celui d’un homme déjà âgé, tonsuré mais avec une couronne de cheveux fournie. Son nez aquilin donne du caractère à ce visage émacié.
La miniature du livre 1 (f. 7) retient un épisode qui n’est pas celui des premiers chapitres, et que le peintre aura donc certainement choisi : le choc des armées de Titan et de Jupiter. Le dernier, sanglé dans une armure d’or, est probablement le cavalier qui tenait « son glaive à une main et son écu à l’autre », dressé sur son cheval blanc. Il est de dos au contraire de son adversaire. Alors que Titan périt dans la bataille, l’artiste choisit de le représenter occupant seul l’autre moitié de l’image, dans son char, isolé et vulnérable, déjà vaincu. La splendeur de son équipage, « qui était très riche », souligne davantage sa chute. Il entre dans la partie accidentée du paysage, découpé par des pics rocheux fracturés et monumentaux, où la nature semble s’être livrée un combat à elle-même. Le chaos de la bataille et la violence faite aux êtres y trouvent une transposition grandiose. La troisième et dernière image (f. 112) où Hercule, armé de son gourdin, combat les lions de Némée, joue sur le même principe. La lutte se situe au pied d’un piton rocheux, fendu en blocs verticaux, alors que par-delà la forêt se déploie un paysage paisible.
 
 

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