Cortège funéraire de Charles VI.
Entrée solennelle de Philippe le Bon à Gand.
Jean Chartier, Chroniques du règne de Charles VII
Philippe de Mazerolles, enlumineur, Bruges, entre 1470 et 1479.
Parchemin, IV + 307 + v f., environ 387 × 285 mm, 32 miniatures
Provenance : Louis de Gruuthuse
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 2691, f. 289
© Bibliothèque nationale de France
Moine de l’abbaye de Saint-Denis, Jean Chartier fut, à partir de 1437, l’historiographe officiel de Charles VII, roi de France. Le religieux proposa lui-même une traduction française, revue et augmentée, de sa chronique latine (1422-1461). Amateur de chroniques, Louis de Gruuthuse disposa, peu après la rédaction de l’oeuvre, de son propre exemplaire. La page frontispice (f. 11) comporte son emblème (la bombarde sur un affût) et un phylactère à sa devise (Plus est en vous). Ses armoiries ont en revanche été recouvertes par celles de France, quand Louis XII acquit l’ensemble de ses livres. Le manuscrit figure donc dans les inventaires de la Bibliothèque royale de Blois dès 1518.
Le volume s’ouvre avec une image fidèle du cortège funèbre de Charles VI, d’autant plus remarquable que le recours à l’effigie du roi, lors du cérémonial funèbre, s’établit effectivement à cette occasion, en 1422 . La pompe cérémonielle n’est pourtant pas décrite à cet endroit du manuscrit, il faut se reporter à la fin de l’ouvrage, c’est-à-dire aux obsèques de son successeur, Charles VII, en 1461, pour trouver des éléments textuels correspondants. Le peintre s’est certainement aidé de cette description, à moins que, parisien, il ne fût lui-même témoin de cet autre cortège avant de venir s’installer à Bruges. Le mannequin du roi, au visage et aux mains de cire, figure sur la litière couverte d’un drap mortuaire écarlate. Celui-ci recouvre le cercueil contenant la dépouille royale soutenue par les officiers de l’hôtel en tenue noire de deuil. Les quatre présidents du parlement de Paris portent chacun un coin du drap. Ils sont revêtus de leur costume de fonction, celui qu’ils exhibent dans la salle du tribunal : une toque de fourrure (le mortier) et la tenue royale rouge doublée d’hermine. Ils représentent la justice royale et sa pérennité. Pareillement vêtu, le duc de Bedford, régent de France, chevauche un cheval blanc portant une housse bleue fleurdelisée. À défaut d’une couronne, il a un diadème et tient tout de même un sceptre. Deux sergents d’armes le précèdent, d’autres hommes à cheval exhibent l’épée, le casque et l’écu du roi. La procession sort de l’hôtel Saint-Paul à proximité de la Seine pour se diriger vers Notre- Dame où la dépouille devra être exposée. Au loin, l’île de la Cité avec les silhouettes de la cathédrale et de la Sainte-Chapelle qui se font face.
Plusieurs autres images montrent une attention au cérémonial de cour, au sujet duquel Philippe de Mazerolles semble en savoir un peu plus que ses confrères : couronnement de Charles VII (f. 43), entrée royale du souverain à Caen (f. 209 vo) ou de ses représentants à Bordeaux (f. 243 vo). Ses connaissances s’étendent aussi au domaine héraldique. Selon les événements qu’il a à illustrer, il peint les armoiries de Charles Ier de Bourbon (f. 27 vo), d’Arthur de Bretagne, connétable de Richemont, et de John Talbot (f. 38), de l’amiral de Coëtivy (f. 122) ou du comte de Saint-Pol (f. 131). La dernière miniature du manuscrit montre l’entrée triomphale de Philippe le Bon à Gand, là aussi selon un ordre établi (f. 289). Tous les emblèmes bourguignons sont démultipliés, présents sur le harnachement du cheval ducal, sur les cottes d’armes des archers et sur les étendards. À elles seules, les deux images situées en début et en fin d’ouvrage résument le parcours de l’artiste commençant sa carrière à Paris, l’achevant dans les Pays-Bas méridionaux au service des ambitions bourguignonnes.
 
 

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