L’auteur écrivant.
Jean Lefèvre de Saint-Rémy, Livre des faits du bon chevalier messire Jacques de Lalaing
Le Maître aux inscriptions blanches, enlumineur, Bruges, entre 1475 et 1480.
Parchemin, 213 f., environ 380 × 270 mm, 18 miniatures
Provenance : William, Lord Hastings
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 16830, f. 1
© Bibliothèque nationale de France
Ce manuscrit est le plus ancien exemplaire connu du Livre des faits du bon chevalier messire Jacques de Lalaing et le plus richement enluminé. Sur la dizaine d’autres exemplaires, seul celui d’Anholt (FSSA, ms. 4) l’est également.
Au début des années 1470, Guillaume de Lalaing (vers 1395/1400-1475), âgé et ayant perdu ses quatre fils, fit compiler une biographie héroïque de son fils aîné, Jacques (1420-1453), mort une vingtaine d’années auparavant. L’auteur anonyme utilisa divers autres textes dont le Petit Jehan de Saintré d’Antoine de La Sale, les Chroniques de Georges Chastellain et l’Épître sur les faits d’armes de Jacques de Lalaing de Jean Lefèvre de Saint-Rémy (1396-après 1468), roi d’armes de l’ordre de la Toison d’or. Ce dernier texte décrit les années de gloire de Jacques de Lalaing entre 1445 et 1450. LeLivre des faits doit probablement être imputé à ce dernier auteur. Le manuscrit conservé à Paris (BNF, Mss, fr. 16830) constitue un argument important pour confirmer cette hypothèse. En effet le frontispice présente l’auteur à l’oeuvre devant son pupitre, vêtu comme un jeune héraut : il porte un tabard héraldique aux armes des ducs de Bourgogne et le collier de la Toison d’or. Il n’a aucun livre ouvert devant lui, comme c’est pourtant souvent le cas dans ce genre d’images, mais semble plutôt consigner ses souvenirs. Le Maître aux inscriptions blanches a peint cette miniature entre les années 1475 et 1480. Celui qui imagina cette enluminure était apparemment convaincu que Jean Lefèvre de Saint-Rémy, qui avait bien connu Jacques de Lalaing pour l’avoir accompagné dans plusieurs de ses voyages, était l’auteur de l’oeuvre.
Dans sa conception générale (cadre, position de l’auteur, pièce fermée des trois côtés) le frontispice du manuscrit, de la main du Maître aux inscriptions blanches, peut être comparé à deux autres miniatures de l’artiste, dans le Miroir historial (Londres, BL, ms. Royal 14 E I, f. 3) et dans le Valère Maxime (Londres, BL, ms. Royal 18 E III, f. 24). Toutefois, par rapport aux deux autres auteurs représentés, l’auteur et héraut du Livre des faits manque un peu de finition, notamment pour les jambes et la chevelure. La pièce alentour révèle également moins de détails. La manière plate et raide dont est peint le tabard héraldique évoque le Maître du Froissart de Philippe de Commynes, maintenant identifié comme Philippe de Mazerolles, qui peint souvent les armoiries de cette façon, sur des bannières, des drapeaux ou des vêtements (voir par exemple Londres, BL, ms. Harley 4379, f. 3, 99 ; ms. Harley 4380, f. 58 vo, 152 vo). Il se peut que ce dernier soit intervenu dans la conception de la miniature. En effet, la décoration marginale du Livre des faits correspond à son style. Les dix-sept autres miniatures, plus petites, de la largeur d’une colonne, sont peintes par le Maître aux mains volubiles. Cette collaboration prend son sens quand on sait que Philippe de Mazerolles avait organisé la production de manuscrits enluminés à Bruges en impliquant plusieurs maîtres.
Les armoiries de la famille Melun-Saarbrucke, visibles deux fois dans les marges du feuillet frontispice, en blason scutiforme et en bannière, ont remplacé celles de William Lord Hastings (vers 1431-1483). Ce noble anglais, Lord Chamberlain du roi Édouard IV d’Angleterre, qui exerçait aussi la fonction de gouverneur de Calais, avait, comme son souverain, un goût prononcé pour les manuscrits flamands. Il possédait notamment un exemplaire de l’Histoire des seigneurs de Gavre (Cambridge, CCC, ms. 91), dont la seule miniature est imputable au Maître du Froissart de Philippe de Commynes. Édouard IV et son fidèle « ministre » séjournèrent tous deux en 1470-1471 chez Louis de Gruuthuse à La Haye et à Bruges. La commande du manuscrit du Livre des faits du bon chevalier messire Jacques de Lalaing doit se situer peu après ce séjour, en tout cas entre la genèse du texte au début des années 1470 et la mort de Hastings en 1483.
 
 

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