Le battage des monnaies.
Nicole Oresme, Traité des monnaies
Le Maître brugeois de 1482, enlumineur, Bruges, entre 1480 et 1490.
Parchemin, 62 f., 264 × 184 mm, 1 miniature
Provenance : Jean II de Trazegnies (?)
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 23927, f. 5
© Bibliothèque nationale de France
Natif de Normandie, Nicole Oresme étudia à l’université de Paris. Grand Maître du Collège de Navarre en 1356, il devint en 1359 secrétaire du roi de France Jean II le Bon, alors retenu en otage en Angleterre (1356-1360). C’est sans doute dans le cadre de cette charge qu’il noua des liens avec le dauphin Charles, régent de 1358 à 1360 et futur Charles V, pour lequel il réalisa de nombreuses traductions. Il reçut en récompense de ce travail une pension du trésor royal dès 1371. Ses traductions françaises les plus connues sont celles des Éthiques, Politiques et Économiques d’Aristote. En 1377, il fut nommé évêque de Lisieux, ville dans laquelle il s’éteignit en 1382.
Premier traité économique médiéval, le Tractatus de origine et natura, iure et mutationibus monetarum fut probablement entamé peu après 1355. Oresme y affirme que la monnaie en tant qu’instrument d’échange des richesses est fondée sur les métaux précieux dont la quantité doit être régulée. La communauté doit faire certifier l’authenticité des monnaies, au moyen d’une empreinte, par son représentant légitime, le prince. Mais celui-ci ne possède pas la propriété de la monnaie qui a cours dans son état et n’a donc pas le droit de procéder à des manipulations monétaires. Dans ce traité, Oresme emprunte l’essentiel de ses arguments à deux oeuvres d’Aristote : l’Éthique à Nicomaque et la Politique. La traduction française a été réalisée très probablement pour le dauphin, futur Charles V. Oresme indiquant lui-même que son Livre de divinacions est son premier écrit en langue vernaculaire, il est probable que le Traité des monnaies suive de peu celui-ci et soit légèrement antérieur à 1360.
On recense aujourd’hui dix manuscrits de la version latine et quatre manuscrits de la version française. Ce traité semble avoir connu un certain succès à Bruges dans le dernier quart du xve siècle. Outre le manuscrit BNF, Mss, fr. 23927, le manuscrit BNF, Mss, lat. 8733A a été réalisé pour Louis de Gruuthuse vers 1485. Le BNF, Mss, fr. 5913 a également été peint à Bruges à cette date. De plus, en 1477, la traduction française a été imprimée par Colard Mansion. Il est d’ailleurs possible que les deux manuscrits en français aient été copiés à partir de cette édition. Cette hypothèse reste cependant à vérifier.
Les trois manuscrits cités plus haut présentent tous une unique miniature frontispice dont l’iconographie représente le battage des monnaies en présence d’un personnage important. Au f. 5 du manuscrit BNF, Mss, fr. 23927, attribué au Maître brugeois de 1482, un ouvrier tire une pièce d’un grand sac et la tend à ce personnage, tandis que derrière, deux ouvriers battent monnaie. Dans leur analyse de la miniature frontispice du manuscrit BNF, Mss, lat. 8733A, Ilona Hans- Collas et Pascal Schandel voient dans le personnage qui vérifie la pièce un « maître des monnaies ». Cependant, en analysant le texte, on peut se demander si ce personnage principal n’est pas le prince chargé de certifier l’authenticité de la monnaie. Le fait que, dans le manuscrit BNF, Mss, fr. 23927, ce personnage soit accompagné de gens d’armes semble confirmer cette hypothèse.
Dans la marge inférieure, parmi la décoration marginale, se trouvent les armoiries de la famille de Trazegnies. La signature « trazegnies » se trouve d’ailleurs au f. 65 vo. Le manuscrit fut acheté, sinon commandé, par Jean II de Trazegnies (1439-1513).
 
 

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