La Mort frappant l’enfant et le laboureur.
Colophon s’achevant par un rébus livrant le nom de Miélot.
Filtan et Gelgès, les parents de saint Fursy.
Saint Luc peignant la Vierge. Dessin aquarellé de Jean Le Tavernier.
Saint Luc peignant la Vierge. Dessin de Miélot copié d’après celui du Tavernier.
Jean Miélot, Recueil de textes
Jean Miélot, enlumineur.
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 17001, f. 41 vo
© Bibliothèque nationale de France
Ce recueil autographe de Jean Miélot, chanoine de la collégiale Saint-Pierre de Lille, est une « minute », c’est-à-dire un ouvrage sur papier destiné à rester en sa possession, même si on sait, grâce à un ex-libris, qu’il a appartenu plus tard à Marie de Luxembourg. Il s’agit aussi d’un manuscrit composite dont les principales parties correspondent à des cahiers distincts et comportent des textes écrits à des dates différentes (1465, 1468, 1470), réunis sous une même couverture et précédés d’une table. Ce florilège rassemble des textes, originaux ou traduits, qui ne connurent pas les honneurs d’une édition de luxe.
Ils sont grossièrement de deux types. Les premiers sont des pièces courtes, des extraits, des morceaux choisis, des textes de circonstance, parfois sans véritable titre. Parmi eux, la pièce la plus remarquable et la plus étoffée est la traduction de la Lettre de Cicéron à son frère Quintus (f. 5 vo-25 vo) que Miélot dédia à Charles le Téméraire. Les seconds présentent un programme iconographique original véritablement intriqué à l’intérieur du texte et le structurant selon des mises en page chaque fois différentes. Il en va ainsi pour au moins trois titres. Les Sept Sacrements (f. 99 vo-106) sont une succession de doubles pages à caractère typologique, où le verso illustre et commente l’épisode de l’Ancien Testament qui préfigure le sacrement exposé symétriquement sur la page en vis-à-vis. La Brève Compilation des histoires de toute la Bible (f. 36-87 vo) repose sur un dispositif plus complexe où les deux colonnes d’écriture sont séparées par un bandeau vertical continu composé de médaillons circulaires, posés à intervalles plus ou moins réguliers, pour recevoir les noms des principaux personnages bibliques, selon le principe du rouleau généalogique. Le Mors de la pomme (f. 107-114 vo) présente sur chaque page deux images verticales côte à côte, illustrant le dialogue versifié de la Mort et de sa victime placé sous chacune d’elles. En ce cas, images et versets sont sur le même calibre. Miélot, maquettiste de ses propres oeuvres, semble avoir choisi chacun de ces titres pour leur ressource iconographique.
Enfin le volume comporte par endroits de gigantesques colophons de grande fantaisie (f. 3-5 ; 26-26 vo ; 36-38 vo) et des labyrinthes (f. 2 vo, 27, 88) occupant toute la hauteur d’une page. Leur forme générale et leur tracé évoquent ceux figurant sur le sol des cathédrales (celui de Notre-Dame d’Amiens était familier à Miélot, originaire de ce diocèse). Les labyrinthes sortis de la plume du clerc sont sans cul-de-sac et conduisent sur leurs parcours à des lettres dont la succession livre le nom de Miélot. Le labyrinthe placé en tête du manuscrit (f. 2 vo) a valeur programmatique. Il annonce au lecteur le cheminement qu’il aura à mener dans les pages suivantes où se déploie un colophon ornemental d’une qualité plastique sans pareille : Copye (f. 3) D’une [belle] (f. 3 vo) Minute (f. 4) Minutée p[ar] (f. 4 vo) suivie d’un rébus livrant le nom de Miélot (f. 5). Les deux premiers motifs sont les lettres J et O, pour l’abréviation latine de Johannes. Leur calligraphie enrubannée reproduit d’une autre façon le motif du labyrinthe cher à Miélot. Les trois signes qui suivent, disposés sur une portée, sont musicaux : une clé de do, un bémol, puis la note elle-même à lire comme un mi, selon la règle de la solmisation qui a cours en ce temps. Ornée d’une acanthe spiralée et colorée, elle se distingue du E capital qui semble façonné dans du bois. Si l’objet reste énigmatique – peut-être un gabarit – sa lecture, parce qu’explicite, ne fait pas de doute. Enfin, une aiguière clôt le rébus qui sollicite davantage l’imagination. Ce n’est pas sa forme, ni le nom de l’objet qui nous renseignent ici. C’est sa contenance qui nous importe. Il s’agit d’un « lot » : une unité de mesure. Il faut quatre pintes pour faire un lot.
 
 

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