Une dame sort de la fontaine dont Gérard l’a délivrée.
Liziart épie Euriant dans son bain pour découvrir sur son sein une marque distinctive.
Euriant se dévêt pendant que sa servante Gondrée perce le mur avec une chignole.
Jean de Wavrin, Gérard de Nevers
Le Maître de Wavrin, enlumineur, Lille, vers 1450-1460.
Papier, III + 127 + III f., environ 288 × 196 mm, 54 dessins aquarellés, manuscrit actuellement dérelié pour restauration
Provenance : Jean de Wavrin (?), Philippe le Bon
Bruxelles, KBR, ms. 9631, f. 11
© Bibliothèque royale de Belgique
Le Gérard de Nevers est une mise en prose très fidèle du Roman de la violette que Gerbert de Montreuil avait rédigé en vers dans les années 1220. Seul le rang ou le nom de quelques personnages change pour donner une couleur familière au lecteur contemporain. La mise en prose est précédée d’un nouveau prologue avec une dédicace à Charles de Nevers († 1464), gendre de Philippe le Bon, certainement parce qu’il porte le même titre nobiliaire que le héros. L’auteur dit le connaître et semble appartenir au même milieu. Le prologue présente bien des passages communs avec celui des Chroniques d’Angleterre compilées par Jean de Wavrin, ce qui ne laisse pas d’étonner, les deux genres étant tout de même très différents, sauf à admettre l’identité des deux auteurs. Cet indice philologique laisse poindre le rôle du chroniqueur dans l’élaboration du roman. Le miniaturiste abonde en ce sens. Le frontispice (f. 1) montre Charles de Nevers prenant connaissance du livre sur une table improvisée parce qu’il vient de lui être présenté. Il en discute avec un noble dont la gestuelle explicative pourrait être celle de l’auteur. Rien n’assure cependant qu’il fut propriétaire du manuscrit. Celui-ci figure à l’inventaire de la bibliothèque de Philippe le Bon, en 1467-1469, comme d’ailleurs le seul autre exemplaire connu de ce titre (Paris, BNF, Mss, fr. 24378). Mais cet autre livre fait partie des manuscrits inachevés, car signalés « non liés ne hystoriés ». Il est donc postérieur au nôtre. Comme tous ceux partageant le même état d’inachèvement, il fut confié peu après à Loyset Liédet pour recevoir son illustration.
Le Gérard de Nevers est un « roman de la gageur ». Le héros parie sur la fidélité de l’être aimé en début du roman, et paye d’une longue errance sa stupidité première. Il s’y flatte publiquement de l’indéfectible affection que lui porte Euriant, l’élue de son coeur. Il relèverait tout défi de quiconque en douterait. Liziart, comte de Forest, agacé de tant de fierté, se dit capable de séduire la pucelle et attend, en cas de succès, que Gérard lui cède tous ses biens. Aussi se rend-il à Nevers auprès de la demoiselle, innocent objet du débat. Sa conduite est exemplaire, mais le félon trouve une alliée inattendue en la personne de Gondrée, la vieille gouvernante. Celle-ci lui permet de découvrir la nudité de sa maîtresse. Un bain est préparé et un trou creusé dans la paroi pour permettre à Liziart de voir sur le sein d’Euriant « l’enseigne » : une marque corporelle au motif de violette (f. 11 et 12 vo). De retour à la cour, il peut prétendre avoir possédé la demoiselle, puisqu’il en connaît le secret. Les deux amants, ensuite séparés, connaissent maintes péripéties avant que leurs trajectoires ne convergent. Liziart, vaincu lors d’un duel judiciaire, fait des aveux. Gérard retrouve son comté et obtient celui de son adversaire. Et comme le doute est publiquement dissipé, le mariage devient possible.
Le roman offre au Maître de Wavrin le prétexte à la peinture de deux nudités, et ceci grâce au seul épisode interpolé dans la version en prose. Celui-ci est facilement décelable à la simple lecture car sans véritable dénouement. Cette séquence de la femme malfaisante à la fontaine offre à l’artiste l’occasion d’un nu féminin intégral (f. 85 vo), séducteur et provocant, qui contraste avec la nudité d’Euriant, la pure héroïne dont nous avons vu qu’elle est observée par subterfuge dans son bain (f. 12 vo). Il est très probable que l’auteur de la mise en prose ait songé aux ressources que le Maître de Wavrin saurait en tirer.
 
 

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