Bellérophon et Persée se défendent contre les monstres de Lycie.
Hercule combat les lions de la forêt de Némée.
Raoul Lefèvre, Recueil des histoires de Troie
Le Maître aux grisailles fleurdelisées, enlumineur, Lille, vers 1468.
Papier et parchemin, 241 f., environ 363 × 265 mm, 32 miniatures
Provenance : Louis Perceval de Dreux
Paris, Arsenal, ms. 3692, f. 95
© Bibliothèque nationale de France
Le volume rassemble deux oeuvres littéraires de nature et de longueur différentes mais dont l’association est ailleurs attestée. La première, dédiée à Philippe le Bon, est narrative et se présente sous sa forme finale en trois livres, dont le dernier, apocryphe et posthume, rapporte la destruction de Troie par les Grecs emmenés par Agamemnon, les combats d’Achille et d’Hector, puis l’assassinat du second. Les Épitaphes d’Hector et d’Achille sont antérieures de quelques années, car cette pièce dialoguée et rimée fut écrite pour être jouée à Nevers en 1454 devant Philippe le Bon. Les huit vers introductifs, évoquant trop évidemment le cadre de la représentation théâtrale, ont été supprimés comme une partie de la conclusion. Le roi Alexandre le Grand y préside le débat d’outre-tombe entre Achille et Hector, se concluant par la repentance du premier. Les deux textes ont été copiés par un même scribe, mais correspondent à des cahiers distincts, ce qui explique la présence de feuillets blancs entre les deux titres (f. 229-232). Seul le premier est illustré.
La page frontispice (f. 8) comporte les armoiries de Louis Perceval de Dreux, seigneur de Pierrecourt et de Cormeilles (mort après 1493). Elles sont surmontées d’un cimier à lambrequins, et timbrées d’un vol armorié et d’un lion. Entre les deux ailes, un phylactère à sa devise (joye honn[eur]). Un ex-libris donne une datation et une indication de lieu : « Ce présent livre est a Perceval de Dreux, gouverneur de Lense et de Comdé, et le fist fere au chasteau dudit Lense, en l’an LXVIII. Perceval de Dreux » (f. 240 vo). Il faut lire Leuze-en-Hainaut, près de Tournai, au nord de Condé-sur-l’Escaut, et comprendre que le manuscrit y fut probablement calligraphié. Ce seigneur fut aussi le propriétaire du volume 2 des Chroniques d’Angleterre, également sur papier, illustré de quelques miniatures en semi-grisaille du Maître de la Chronique d’Angleterre (San Marino, HL, ms. HM 28562). On y reconnaît ses armoiries, peintes avec le même soin. L’identification de la provenance de cet autre manuscrit, ainsi qu’une certaine homogénéité de forme laissent supposer une collection de manuscrits enluminés, même modestes, dont ces volumes pourraient être deux vestiges.
Le manuscrit de la bibliothèque de l’Arsenal comporte trente-deux semi-grisailles aux cadres perlés, dont trois frontispices. Ces derniers présentent un encadrement orné et sont peints sur des feuillets de parchemin insérés dans la masse du livre (f. 8, 95, 162). Ils sont pourvus d’un rabat glissé à l’intérieur de la pliure du cahier pour être pris dans la couture du relieur. Les pigments déposés en couches épaisses sont un peu éteints ; le vert tire sur le gris, le gris sur le noir et les étendues d’eau turquoise ne réfléchissent pas la lumière. Les sujets sont vus comme à travers une pénombre. Par contraste, les miniatures sur papier, de plus petit format, paraissent plus claires. Les couleurs plus variées et posées en lavis donnent à la représentation des contours moins tranchés. Il s’agit pourtant bien, à la réflexion, de la même main.
Les scènes de bataille représentent l’essentiel du récit et du programme iconographique. D’une image à l’autre, Hercule brandit à deux mains une massue noueuse, objet à peine façonné, un gourdin archaïque. Le héros va ainsi à la rencontre des lions de la forêt de Némée (f. 95). Philotès, son compagnon, est resté en retrait alors que le berger, qui les a avertis du danger, s’est réfugié au sommet d’un arbre dont il adopte la petite échelle. Sur la droite de l’image, Hercule abat un à un les lions qu’il frappe de sa massue ensanglantée. Plus loin, Philotès et le berger écorchent la dépouille de l’un d’eux. Philotès revêt ensuite Hercule de la peau de l’animal.
La bordure, elle aussi en grisaille, a pour ornement une acanthe volumineuse qui se divise en deux branches aux larges volutes. Quelques bourgeons fleurissent, de teinte jaune. La gamme chromatique de l’ensemble correspond, sur cette page, à celle du miniaturiste.
 
 

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