Jean Du Quesne offrant son livre à Louis de Gruuthuse ; Dieu créant le monde.
Brunet Latin, Livre du trésor
Le Maître de la Toison d’or de Vienne et de Copenhague, enlumineur, Lille, vers 1470-1480.
Parchemin, 18 (foliotés A-R ; C-R table) + 327 f., environ 440 × 330 mm, 3 miniatures
Provenance : Louis de Gruuthuse
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 191, f. 1
© Bibliothèque nationale de France
Le Livre du trésor est une compilation encyclopédique écrite par le Florentin Brunetto Latini entre 1260 et 1266 lors de son exil en France. Les traductions, les versions manuscrites et les éditions imprimées témoignent du succès considérable de cette oeuvre composée de trois parties ; les deux dernières, qui traitent de questions morales et politiques, constituent une somme sur l’art de bien gouverner. Le colophon (f. 326 vo), livre le nom de Jean Du Quesne, scribe lillois et traducteur de César. Le clerc copia et adapta le texte de cet exemplaire pour le célèbre bibliophile Louis de Gruuthuse. Les emblèmes du destinataire, peints dans les trois encadrements ornés, ont été modifiés au moment où la bibliothèque du Brugeois intégra celle de Louis XII : les armoiries ont été surpeintes et les phylactères portant sa devise grattés ; la bombarde est en revanche restée intacte.
Les trois miniatures à mi-page introduisent les trois livres du volume. Le frontispice associe la Genèse à une scène de présentation. Le copiste offre le volume au commanditaire qui porte le collier de la Toison d’or. Il s’agit d’une des quatre scènes de présentation ayant pour acteur Louis de Gruuthuse. Elle a un caractère quelque peu abusif, car le destinataire du volume n’est pas l’instigateur de l’oeuvre littéraire. Dans l’autre moitié de l’image, l’artiste a logé la scène de la Création en rapport avec les premiers chapitres du volume. Dieu le Père bénit l’espace terrestre figuré comme une mappemonde où rien ne manque, pas même les vents soufflants en ses quatre coins. Différentes espèces entourent le Créateur. Le lion, la licorne et le cerf, sur les berges du fleuve ou à l’orée de la forêt, sont, par leur taille, mis en évidence. Chacun d’eux fait l’objet d’un chapitre, de même que les autres espèces, plus petites, qui pullulent au niveau du sol. Le miniaturiste procède en fait à une énumération brouillonne. Il suit, mais sans se montrer exhaustif, la partie de la table des matières concernant les sciences naturelles, dont l’exposé clôt le premier volet de l’ouvrage.
Le contenu des deux autres livres est plus spéculatif. On ne s’étonnera pas alors que les miniatures qui les introduisent entretiennent, plus que la première, un rapport approximatif au texte. La morale est évoquée par les quatre vertus cardinales, vêtues comme des religieuses, et par les pères de l’Église (f. 119), alors que le gouvernement des hommes (f. 239) a pour sujet deux cités en vis-à-vis, l’une fortifiant son enceinte, l’autre gagnée par la frénésie du débat.
Les physionomies, les coiffes, les drapés, le type des mains ou encore le décor des fenêtres présentent beaucoup d’affinités stylistiques avec d’autres oeuvres du peintre, notamment ses trois volumes de l’Histoire de la Toison d’or. Le paysage de la Genèse (Paris, BNF, Mss, fr. 191, f. 1) est très proche de celui environnant Saturne et Cérès où évoluent également de minuscules silhouettes (Copenhague, KB, ms. Thott 465 2o, f. 21). La même plasticité des figures se retrouve dans le frontispice des Chroniques d’Angleterre (Londres, BL, ms. Royal 14 E IV, f. 10) et la Doctrine du disciple de sapience (Munich, BSB, ms. Gall. 28) où, selon les cas, un évêque et une religieuse sont identiques à ceux de la miniature allégorique du deuxième livre (f. 119). Les enceintes bordées de douves et les rues pavées, les architectures empilées, par endroits un peu molles et en d’autres plus rectilignes (f. 239), façonnent les paysages urbains du Régime des princes (Rennes, BM, ms. 153, f. 191), des Guerres puniques (Paris, BNF, Mss, fr. 724, f. 1) ou encore le frontispice de la Chronique dite de Baudouin d’Avesnes (Bruxelles, KBR, ms. 9277, f. 1).
Le miniaturiste est aussi l’auteur du décor marginal des trois feuillets illustrés. Il peint dans la même gamme de couleurs que les miniatures les acanthes multicolores placées dans les angles et quelques-uns de ses motifs récurrents : des courges et des cosses.
 
 

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