Histoire de Lothaire.
Jean Mansel, La Fleur des histoires
Le Maître de Mansel, enlumineur, Tournai et Arras, puis Saint-Omer (?), vers 1450-1458.
Parchemin, 357 f., 438 × 310 mm, 23 miniatures >br/> Provenance : Philippe le Bon
Bruxelles, KBR, ms. 9232, f. 351
© Bibliothèque royale de Belgique
C’est le même atelier de vignetteurs intervenu dans le premier volume (Bruxelles, KBR, ms. 9231) qui a assuré la décoration secondaire du manuscrit de Bruxelles, KBR, ms. 9232. Les grandes initiales sont ornées de rinceaux végétaux à feuillettes digitées à trois lobes allongés et arrondis, bleus, rouges ou verts. Leurs pointes rehaussées de blanc sont une véritable « marque de fabrique » de l’enlumineur. Les marges sont tapissées de grands enroulements spiralés de fins rinceaux de vigne, piquetés d’or avec jetés de fleurs et entrelacs symétriques d’acanthes, fleuries ou terminées en fuseaux, dont les couleurs s’harmonisent avec la palette du miniaturiste. Un traitement particulier a été réservé aux trois frontispices du Maître de Mansel (Bruxelles, KBR, mss 9231, f. 1 et 179 vo et 9232, f. 9), où les acanthes ont été remplacées par un herbier au naturel. L’artiste qui est intervenu ici, peut-être le miniaturiste luimême, est celui qui a peint les bordures exceptionnelles des Heures Dartmouth, autre chef-d’oeuvre mansélien.
Seul le frontispice du manuscrit de Bruxelles, KBR, ms. 9232, illustrant le Martyre de saint André (f. 9), patron de Philippe le Bon et de la Bourgogne, est de la main du Maître de Mansel. Ce petit tableau (240 × 203 mm) témoigne de la parfaite connaissance des paysages de Robert Campin (Nativité, Dijon, MBA, inv. no CA 150) et de Jacques Daret (Visitation du Retable de la Vierge, Berlin, SMGG, inv. no 542). L’artiste y introduit, par ailleurs, le détail d’une mère tenant son enfant par la main, repris d’une miniature d’un des Maîtres de Guillebert de Mets dans le Décaméron de Boccace (f. 132 vo), destiné au duc de Bourgogne et achevé précisément par le Maître de Mansel (Paris, BNF, Ars., ms. 5070). Après la disparition de ce dernier, les cahiers de la Fleur des histoires ont été confiés à deux autres enlumineurs : d’une part, le Maître du Pontifical de Thérouanne, auteur, avec un assistant, de dix-huit miniatures dans le premier tome et douze ici ; d’autre part, Simon Marmion pour les onze dernières, dont le frontispice de l’Histoire des Belges (Chroniques de Hainaut) qui termine le premier volume. Le choix du premier enlumineur peut s’expliquer par le fait qu’il a illustré, vers 1455-1456, avec un épigone du Maître de Mansel, un pontifical à l’usage de Thérouanne (Haarlem, TM, ms. 77), commandé par le fils naturel de Philippe le Bon, David de Bourgogne, évêque de Thérouanne en 1451, puis d’Utrecht en 1456. Sans doute issu de l’atelier mansélien, cet enlumineur, longtemps confondu avec un Simon Marmion jeune, mais à qui Nicole Reynaud a rendu toute sa personnalité, a modernisé les compositions de son maître et a collaboré avec le même vignetteur. Malgré certaines qualités, qui le rapprochent de l’art de Marmion, finesse du pinceau dans le rendu des matières et des chairs, qualité d’observation, science de la narration et du pittoresque, il ne l’égale pas en raison de la raideur de ses figures et de la maladresse de certaines compositions qui trahissent une vraie difficulté à rendre la monumentalité des architectures ou l’ampleur des paysages. Le choix de Marmion a répondu à une autre logique. Sans doute choisi par le duc lui-même ou par un très proche conseiller, il a été chargé d’illustrer, entre autres, les thèmes en lien direct avec Philippe le Bon, comme les Chroniques de Hainaut (Bruxelles, KBR, ms. 9242, f. 307) ou le couronnement de Philippe Auguste et son mariage avec « la noble reine Isabel, fille de Baudouin le comte de Hainaut [et] nièce de Philippe le comte de Flandre » (Bruxelles, KBR, ms. 9243, f. 375) et les « sujets royaux », telle l’Histoire de Lothaire (f. 351) qui introduit le chapitre consacré à « Charles le Chauve, roi de France et empereur de Rome », rappelant à juste titre la Vision de Charles le Chauve et ses funérailles à Saint-Denis, peintes par Marmion en tête du même chapitre dans les Grandes chroniques de France (Saint-Pétersbourg, GPB, ms. Erm. fr. 88, f. 208 vo), offertes au duc en 1458.
 
 

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