Prise de Caen par les Anglais (1346)
Jean Froissart, Chroniques
Bruges, vers 1475..
Tome 1 : Parchemin, 433 ff., 428-433 x 318-324 mm, 48 miniatures (ms. fr. 2643)
Paris, Bibliothèque nationale de France, mss, Fr. 2643-2649
© Bibliothèque nationale de France
Les Chroniques trouvent une place de choix dans les bibliothèques médiévales, parmi la littérature profane, aux côtés des romans de chevalerie. Elles relatent des faits historiques chronologiquement, mais non sans parti-pris politiques, selon qu’elles sont rédigées à la cour de France, d’Angleterre ou de Bourgogne. C’est pour le souverain l’occasion de donner sa propre vision de l’histoire et de s’inscrire dans une continuité dynastique. Au XIVe siècle, un célèbre chroniqueur, Jean Froissart, va rompre avec cette tradition et essayer de faire preuve de plus d’objectivité, en donnant la parole aux vaincus, en cherchant à recouper les témoignages et à se rendre lui-même sur les lieux de bataille : c’est ainsi qu’il raconte la guerre de Cent Ans, ce conflit désastreux qui opposa la France et l’Angleterre, avec une méthode d’enquête qui préfigure celle de l’historien moderne. Il rapporte ici la prise de Caen, un des premiers faits significatifs de l'attaque anglaise sur le territoire français.

La campagne militaire commence fin juin 1346, quand la flotte d'Édouard III quitte Portsmouth et Southampton avec une armée de 40 000 hommes. Après avoir mouillé au large de la Cornouaille, le roi d’Angleterre débarque par surprise près de Cherbourg. Les troupes sont composées d'Anglais et de Gallois, mais également de mercenaires bretons et allemands. En traversant le Cotentin vers le sud, l'armée anglaise mène une chevauchée dévastatrice, pillant cette région agricole riche et fertile. Ce vaste raid vise à épuiser les forces et le moral de ses adversaires. En prenant cette ville de première importance, le roi d’Angleterre espère pouvoir à la fois se refaire une santé financière et faire pression sur le roi de France. La ville de Caen est en effet une ville drapière prospère et un port important à l'époque.

Loyset Liédet, l’auteur de la miniature est un Artésien installé à Bruges. Il appartient au cercle des artistes travaillant pour le duc de Bourgogne Philippe le Bon ; il est probablement à la tête d’une importante officine, à en juger par le nombre de manuscrits qui lui sont attribués et où l’on décèle l’intervention de plusieurs mains travaillant dans son style. Après la mort de Philippe le Bon, Liédet met son art au service d’autres commanditaires, Charles le Téméraire et Louis de Bruges notamment, pour qui il réalise le manuscrit où figure cette miniature. Liédet est surtout connu pour sa technique très soignée, ses compositions équilibrées, ses scènes abondamment peuplées de personnages et rehaussées de couleurs vives et variées, ses paysages à la ligne d’horizon très haute, autant de caractéristiques que l’on retrouve dans cette miniature au style narratif très marqué. Les Anglais, reconnaissables à leurs bannières ornées de léopards et de fleurs de lys et à leurs surcots ornés de la croix de Saint-Georges, avancent en trois bataillons serrés vers Caen, Édouard III marchant en tête du second. Le premier refoule déjà les Français vers la ville et passe le pont Saint-Pierre qui y mène, isolant ainsi le châtelet qui en protégeait l'accès. Le connétable de France et le comte de Tancarville s'y sont barricadés avec quelques hommes. Ils interpellent un chevalier connu d'eux, pour se rendre à lui plutôt que de tomber aux mains de la piétaille anglaise.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu
 
 
> commander