Le peintre de scènes religieuses

 
   

Seules deux œuvres permettent aujourd'hui de prendre la mesure de Fouquet comme peintre religieux : le diptyque commandé par Étienne Chevalier pour la collégiale de Notre-Dame de Melun dont les deux panneaux sont aujourd'hui séparés entre les musées de Berlin et d'Anvers, et la Pietà de Nouans-les-Fontaines (Indre-et-Loire), monumental tableau d'autel qui ne fut redécouvert que tardivement, en 1931, par Paul Vitry.

 
   

Autant la dimension religieuse est superficielle, voire absente dans le diptyque de Melun, dont la Vierge passe pour représenter Agnès Sorel, et où le peintre, tout juste rentré d'Italie, se montre avant tout préoccupé par les problèmes picturaux et de composition spatiale, autant le retable de Nouans, plus tardif, s'impose par sa puissance d'émotion contenue et la disposition harmonieusement calculée des protagonistes de la scène. Le commanditaire, un chanoine en prière figuré sur la droite, n'a pu être identifié. Fouquet dut exécuter bien d'autres tableaux votifs du même type : le portrait de Guillaume Jouvenel des Ursins devait avoir pour pendant une Vierge à l'Enfant, comme Étienne Chevalier dans le diptyque de Melun. Les documents mentionnent d'autres scènes mariales peintes par l'artiste : une Assomption lui fut commandée vers 1465 par l'archevêque de Tours, Jean Bernard, et Marguerite d'Autriche avait rapporté de Touraine, où elle vécut de 1483 à 1491, "un petit tableau de Nostre Dame [...] de la main de Fouquet" que décrit un inventaire de ses collections. Cette typologie religieuse et votive est reprise et adaptée par l'artiste dans plusieurs de ses manuscrits.